Dr Moussa Pascal Sougui: « Succès Masra n’est pas le seul leader qui a été empêché de s’engager à la tête d’un parti politique au Tchad »

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Au Tchad, la diplomatie américaine semble avoir haussé le ton contre le pouvoir d’Idriss Déby suite au rejet du dossier de la légalisation du mouvement « Les Tranformateurs » de l’économiste Succès Masra par le ministre de l’Administration du Territoire, de la Sécurité publique et de la gouvernance locale. « La liberté d’association est un pilier fondamental de la démocratie. Cela comprend entre autres l’autorisation sans délai des partis politiques qui répondent aux critères établis légalement », écrit l’ambassade des États-Unis à N’Djaména dans un communiqué publié ce vendredi 7 juin.

Nous saisissons cette occasion pour dénoncer une autre situation aussi grave qui concerne tous les ressortissants du Borkou-Ennedi-Tibesti (B.E.T) souhaitant s’engager à la tête d’un parti politique au Tchad.

En effet, Dr Succès Masra n’est pas le seul leader politique à qui on a refusé la légalisation de son parti. Depuis la promulgation de l’ordonnance n° 015/PR/91 du 4 octobre 1991 relative à la création et au fonctionnement des partis politiques au Tchad, plus de 200 partis ont vu le jour dans notre pays, mais pas un seul  n’est dirigé par un citoyen originaire du B.E.T à l’exception du Mouvement Patriotique du Salut (M.P.S), parti au pouvoir. Dès l’instauration du multipartisme sans démocratie au Tchad, le président Idriss Déby a fait comprendre par la terreur qu’il ne permet pas aux ressortissants du B.E.T. de créer des partis politiques. C’était clair et net, aucune exception n’était permise. Il considère cette grande région répartie sur trois provinces du nord comme son fief politique. Pour lui, tous les ressortissants de cette zone sont voués à le soutenir au sein de son parti, le MPS. Pire encore, en brandissant une certaine « insécurité » dans le nord,  Idriss Déby a aussi empêché les autres partis politiques d’avoir une implantation solide et une base électorale sérieuse dans le Grand BET qui recouvre une superficie de 630 000 kilomètres carrés, près de la moitié du territoire national. Cette situation a été dénoncée par des leaders des partis d’opposition à maintes reprises mais sans succès.

L’ancien représentant de l’ASECNA au Tchad, Dr Getty Mahamat est la seule personnalité originaire du B.E.T qui a enfreint cette règle imposée par le président Déby, en s’investissant activement dans la création de son parti d’opposition. Mais, le 21 Avril 2002, la voiture du Dr Getty Mahamat, président du Parti Démocratique Africain(PDA), saute sur une mine télécommandée en plein centre de la ville de Faya-Largeau lors de la campagne des premières élections législatives au Tchad.

Si des leaders politiques comme Dr Abakar Tollimi, le défunt Youssouf Togoimi, le Général Mahamat Nouri Allatchi, le Colonel Adoum Yacoub Kougou, Timane Erdimi, le défunt Mahamat Abdraman Boudami, Aboubakar Choua Dazi, l’ancien ministre Yaya Dillo Djerou, … tous originaires du B.E.T, avaient choisi la voie des armes pour conquérir le pouvoir, cela n’est certainement pas sans raison.  

Et si, nous autres démocrates pacifistes, avons été obligés de lancer en France, il y a deux ans, le parti Conseil National de la Résistance pour la Démocratie (CNRD-Tchad), ce n’était surement pas pour nous écarter davantage de notre pays d’origine.

Compte tenu de cette situation, nous considérons que l’organisation dans les plus brefs délais d’un dialogue inclusif est l’unique voie pour faire une véritable réconciliation au Tchad et pour sortir notre pays de l’impasse actuelle. Nous restons convaincus que l’organisation des assises nationales de toutes les forces vives, des leaders des partis politiques, des organisations de la société civile, des mouvements politico-militaires sous l’égide de la communauté internationale, est le seul processus pouvant conduire à la paix au Tchad.

Sans l’espoir d’une véritable réconciliation nationale, aucune nouvelle mascarade électorale ne peut apporter la paix au Tchad. Depuis trente ans, quelles que soient les consultations électorales, le MPS détient en permanence la majorité absolue à l’Assemblée nationale à tel point qu’on se demande à quoi servent les élections au Tchad et pourquoi dépenser encore 70 milliards de FCFA pour maintenir en place le système actuel.

C’est pourquoi, nous réitérons notre appel pour l’implication et l’appui de la France, des États-Unis, des Nations Unies, de l’Union Européenne, de l’Union Africaine et de tous les pays amis du Tchad pour que tous les acteurs tchadiens s’engagent dans un processus de dialogue inclusif.

Dr Moussa Pascal Sougui
Enseignant à Orléans (France)
Secrétaire général du Conseil National de la Résistance pour la Démocratie (CNRD-TCHAD)

One thought on “Dr Moussa Pascal Sougui: « Succès Masra n’est pas le seul leader qui a été empêché de s’engager à la tête d’un parti politique au Tchad »

  1. Dr sougui ,en lisant votre écrit, je croit que tous les intellectuels du BET ont foi en deby leur seul défenseur du nord du pays en s’abstenant d’accueillir où de créer un parti ,qu’elle hypocrisie Dr Sougui d’attendre que ce jeune Masra vient de connaitre un moment difficile pour l’honneur de la jeunesse qui ose dire non à un régime que vous avez protégé pendant trois décennies à ne pas s’opposer a deby et aujourd’hui , tu apparaît après tout ce pour attendre ce moment pour dire que Masra n’est pas le seul chef de partie refué au lien que unanimement nous devons resserrés nos rangs dans l’intérêt de la nation au lieu de parler d’une jérémiades de pensés divisionniste.

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