L’impunité reste la règle au Tchad: l’époux de l’adolescente Hawariya accusé de «séquestration et de torture» toujours « en fuite »

Le mari de la jeune tchadienne Hawariya Mahamat Abdoulaye, condamné l’an dernier à un an de prison pour l’avoir séquestrée et torturée plusieurs mois en 2016 est toujours en fuite, selon des sources judiciaires.

Haroun Hissein a été condamné le 8 novembre dernier en son absence
à 1 an d’emprisonnement ferme, 100.000 Francs CFA d’amende et 3.500.000 Francs CFA de dommages et intérêts, mais n’a toujours pas été appréhendé. Pourtant, un mandat d’arrêté a été lancé à son égard par la justice tchadienne.

La famille de la jeune Hawariya accuse le procureur général, Moucktar Abdelhakim Doutoum de tout faire pour protéger le condamné Haroun Hissein dans le but de le soustraire à une décision de justice, en se basant sur un lien de parenté qui unit les deux. Le cousin de la victime, Saleh Idriss, dans un entretien accordé à Alwihda Info, demande l’implication personnelle du Président Idriss Deby pour que l’arrêt rendu par la justice en faveur de Hawariya Mahamat Abdoulaye soit appliquée dans toute sa rigueur.

Le procureur général Moucktar Abdelhakim Doutoum se dit victime d’une déclaration diffamatoire émise par Saleh Moussa Idriss et affirme qu’il se réserve le droit d’intenter une action en justice contre lui pour qu’il puisse répondre de ses actes.

En avril 2016, Hawariya, alors âgée de 14 ans, a fui son époux qui l’avait enlevée près de la frontière tchado-soudanaise, se souvient-elle.

La jeune fille dit avoir été séquestrée et torturée pendant plus de quatre mois, hors de la vue de sa famille.

Originaire de Row-Row, près de Kyabé (sud), Hawariya était promise à l’homme quinquagénaire depuis l’âge de 9 ans.

Haroun Hissein avait déjà donné une dot à la famille de la jeune fille et aurait accepté d’attendre que Hawariya ait 18 ans pour se marier avec elle, selon le père de l’adolescente, Mahamat Abdoulaye.

« Mais il a voulu l’épouser alors qu’elle était âgée de 11 ans », se souvient M. Abdoulaye, qui dit avoir refusé de donner la main de sa fille avant sa majorité.

« Il m’a convoqué puis emprisonné pour avoir refusé de lui livrer ma fille. Comme je n’étais pas en mesure de lui rembourser son argent de la dot, j’étais obligé de lui donner ma fille », témoigne le père éploré.

« Mariage par rapt »

Au Tchad, 68% des femmes sont mariées avant leur majorité, en moyenne vers 16 ans, selon les estimations de l’Unicef, le Fonds des Nations unies pour l’enfance.

N’Djamena a pourtant interdit le mariage des mineurs et le mariage forcé depuis 2015, rappelle Me Idriss Mahamat Hassan, avocat de la partie civile au procès.

« Le prévenu Haroun Hissein reconnait les faits et demande des excuses », s’indigne l’avocat.

Au Tchad, les condamnations pour violences faites aux femmes ou mariage forcé restent rares.

L’Unicef note quelques avancées depuis la loi de 2015, avec des règlements « le plus souvent à l’amiable » dans les cantons, et quelques poursuites judiciaires.

En 2016, le témoignage de la jeune Tchadienne Zouhoura, victime d’un viol collectif commis par des fils de dignitaires de l’armée et de l’actuel président de la commission de l’Union africaine (UA), Moussa Faki, avait jeté des milliers de manifestants dans les rues.

Sur les six violeurs de Zouhoura, deux ont été acquittés, les autres ont été condamnés à dix ans de travaux forcés, mais n’ont pas purgé leur peine, indique le leader de la société civile, Jean Bosco Manga, qui précise que deux coupables sont en fuite.

Aujourd’hui, depuis son exil en France, Zouhoura, qui a un temps été le porte-voix de la cause des femmes tchadiennes, veut oublier son histoire.

TchadConvergence avec AFP et Alwihdainfos

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