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Tchad: les goranes s’insurgent contre les « propos haineux » du ministre Ahmat Bachir sur le Tibesti

LES RESSORTISSANTS DU BORKOU-ENNEDI-TIBESTI (B.E.T) CONDAMNENT LES PROPOS HAINEUX DU MINISTRE AHMAT MAHAMAT BACHIR CONTRE LES TOUBOUS

 
Ce lundi 29 octobre 2018, le ministre de l’Administration du territoire, de la Sécurité publique et de la Gouvernance locale du Tchad, Ahmat Mahamat Bachir a déclaré à la télévision nationale et nous le citons ci-après :

« À l’heure où je vous parle, se pratique l’esclavagisme au Tchad, dans la province du Tibesti. A notre grande surprise, dans leurs chaines de montagnes, à Miski, à Gouro, à Kanya, à Kouri Bougoudi, et partout, il y a des associations d’esclavagistes, et je mesure bien mes mots, des esclavagistes. Ils sont esclavagistes, ils sont terroristes, ils sont mercenaires, ils sont bandits de grands chemins, ils sont n’importe quoi. Aujourd’hui, nous avons plus de 1 000 personnes rendus esclaves par les esclavagistes sauvages dans le Tibesti. Ils ont été libérés». Fin de citation.

Pour accorder du crédit à ses propos très graves, Ahmat Mahamat Bachir a présenté, à la télévision, une seule personne qui a été vue, il y a plusieurs mois, dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, montrant un homme, accusée de vol de quelques grammes d’or, ligotée et traînée derrière un véhicule 4X4 dans une localité qui semble se trouver dans le Tibesti, au nord du Tchad.

Question légitime : pourquoi Monsieur Bachir a attendu l’attaque de Miski par l’armée tchadienne pour transformer en cas d’esclavage une vidéo isolée de torture, peut être fabriquée de toute pièce par les services du gouvernement ? Pourquoi aucune enquête judiciaire n’a été ouverte jusqu’à ce lundi 29 octobre  alors que la personne aperçue sur la vidéo est libre depuis plusieurs mois ? Comment peut-on parler d’esclavagisme dans toute une région de notre pays sans montrer une seule personne condamnée pour pratique d’esclavage ?

La réalité est tout autre : depuis une semaine, les forces armées nationales de notre pays sont entrées en guerre en faisant usage de tous les moyens militaires dont elles disposent contre les habitants du village de Miski qui ont hautement contesté le dernier découpage administratif considéré comme un « morcellement du Tibesti à dessein pour l’exploitation des ressources aurifères de la région par des entreprises familiales sans aucun cadre légal de l’Etat ». Nos concitoyens de la zone aurifère de Miski subissent depuis ce mercredi 24 octobre un pilonnage intensif et aveugle à l’artillerie lourde et des bombardements aériens après un siège de plus de 60 jours.

Les personnes que le ministre Bachir considère comme des esclaves sont, en fait, les milliers d’orpailleurs, fuyant la misère, qui se sont rués depuis au moins cinq ans vers les sites aurifères de Miski, Zouar et Kouri Bougoudi au Tchad, la région du Djado au Niger et vers des sites dans le sud de la Libye.

Cette campagne médiatique contre le Tibesti vise deux grands objectifs :

Premier objectif : les propos du ministre de la sécurité publique ne sont pas des vociférations habituelles d’un griot inconscient qui doit tout au régime du président Idriss Déby, mais une stratégie savamment orchestrée pour endormir la vigilance des ONG internationales face aux violations graves des droits de l’homme commises contre les populations civiles de Miski. En effet, l’aventure guerrière contre les villageois de Miski commence à s’éterniser et les exactions se multiplient ces derniers jours face à une population très déterminé à défendre sa terre immensément  riche en ressources minières. Dans un communiqué, la Convention Tchadienne de Défense des Droits de l’Homme (CTDDH) a confirmé qu’il n’y a pas de rebelles à Miski et a dénoncé des « crimes de guerre » commis par la garde présidentielle contre des civils. Face à une situation qui commence à devenir un bourbier à Miski, le régime de N’Djaména brandit l’esclavage pour endormir les ONG humanitaires et des droits de l’Homme, très sensibles au fléau de l’esclavage, et qui commencent à se préoccuper des conséquences de cette guerre à Miski gardée en black-out complet par l’armée et le régime.

Deuxième objectif : c’est la première fois que l’armée nationale du Tchad, qui est sensée défendre les civils,  est utilisée pour mâter tout une population qui refuse une exploitation de l’or sans cadre légal de l’Etat. Cette première a heurté beaucoup de Tchadiens et a suscité la sympathie surtout des jeunes très connectés sur les réseaux sociaux et très sensibles au pillage de notre pays par Idriss Déby et ses proches. Pour casser cette sympathie et solidarité, et pour contrer une mobilisation grandissante en faveur des habitants de Miski, le régime dictatorial du président Déby cherche à créer une forte réprobation générale en montrant aux autres Tchadiens que « les Toubous sont méchants, esclavagistes et terroristes ».

En cela, les propos de Monsieur Ahmat Mahamat Bachir constituent une stigmatisation de la population du Tibesti et une incitation à la haine ethnique et raciale contre les Toubous par une personnalité dépositaire de l’autorité publique.

Nous,
Ressortissants du Borkou-Ennedi-Tibesti (B.E.T), réunis au sein de plusieurs regroupements d’organisations de la société civile tchadienne et de la Diaspora en Europe, Amérique, Afrique de l’ouest, Maghreb et en Libye,

Déclarons solennellement devant l’opinion publique nationale et internationale que dans le Borkou-Ennedi-Tibesti (B.E.T), nord du Tchad, il n’y a ni rebelles, ni terroristes, et encore moins des esclavagistes ;

Condamnons les propos haineux du ministre Bachir de nature à mettre en cause la cohésion nationale et la stabilité de notre pays ;

Et demandons à toutes les associations habilitées à agir en justice, de porter plainte contre le ministre de l’Administration du territoire, de la Sécurité publique et de la Gouvernance locale du Tchad.

Pour les organisations de la société civile du B.E.T,
Le Comité des cadres

One thought on “Tchad: les goranes s’insurgent contre les « propos haineux » du ministre Ahmat Bachir sur le Tibesti

  1. Vous avez fait une bonne remarque sur le mensonges de ce messieur ,j’aivais vu ce vidéo et ils ont parlé de vol mais pas des esclaves. On appelle cela se salir le nom de BET ,moi qui n est pas du BET mais je trouve injuste. En tant que musulman et croyant on doit dire la vérité, je me demandais est-ce qu’il est parmi les hommes qui ont juré ? Si Oui il aura son compte. Merci

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