La guerre de l’or au Tchad: pourquoi le gouvernement a restreint la rencontre avec les chefs traditionnels à Bardaï

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Au Tchad, la rencontre entre le ministre Délégué à la Présidence, chargé de la Défense nationale, de la Sécurité publique, des Anciens Combattants et Victimes de guerre, Mahamat Abali Salah, et les Chefs traditionnels du Borkou-Ennedi-Tibesti (B.E.T) qui devrait se tenir le vendredi 25 octobre à Bardaï, chef-lieu de la province du Tibesti, a été restreinte à la dernière minute. Notre analyse.

Mahamat Abali Salah, ministre Délégué à la Présidence, chargé de la Défense nationale, de la Sécurité publique, des Anciens Combattants et Victimes de guerre

Cette rencontre initiée par le ministre Mahamat Abali Salah devrait normalement réunir tous les chefs traditionnels de la région du B.E.T, nord du Tchad, pour chercher les voies et moyens afin de régler pacifiquement la guerre entre l’armée tchadienne et les populations civiles de la zone aurifère qui réclament un « cadre légal de l’Etat » pour l’exploitation de l’or.

Mais, finalement, le ministre Mahamat Abali Salah s’est entretenu, le samedi 26 octobre, avec le gouverneur et des chefs de cantons du Tibesti uniquement. La rencontre s’est tenue à Bardaï, à quelque 400 kilomètres au nord de Miski.

Les chefs traditionnels du Tibesti

Pourquoi cette rencontre a-t-elle été restreinte qu’aux chefs traditionnels du Tibesti seulement ?

Il y a eu un coté pile et un côté face pour cette rencontre restreinte. Les autorités sur place affirment que la rencontre du samedi a, officiellement, côté face, pour objectif d’expliquer les mesures sécuritaires de l’état d’urgence mis en place dans la province du Tibesti en août dernier et qui reste en vigueur jusqu’au 10 janvier 2020.

Les chefs traditionnels du B.E.T, en tant que gardiens des us et coutumes, prônent, depuis le début du conflit, des négociations pour résoudre le problème de l’exploitation de l’or à Miski. Mais, en tant que auxiliaires de l’administration, ils ne peuvent pas boycotter une convocation du gouvernement à Bardaï.

Alors que s’est-il passé à la dernière minute ?

En fait, il semble que le régime d’Idriss Déby s’est finalement ravisé et a fait capoter la grande rencontre, annoncée par le ministre de la Défense et de la Sécurité, afin de maintenir le black-out autour de la guerre de l’or à Miski. En effet, organiser une grande rencontre entre le gouvernement et les chefs traditionnels de tout le B.E.T reviendrait à reconnaître qu’il y a un problème qui concerne tous les ressortissants du Nord du Tchad, le B.E.T. Et du coup, cela donnera une certaine légitimité aux insurgés de Miski. Or, depuis le début des conflits, le gouvernement s’acharne à dire que l’armée nationale combat des orpailleurs armés et des terroristes dans la zone frontalière avec la Libye. Et jusqu’ici, aucun bilan et aucune communication gouvernementale n’a été faite sur la guerre qui se déroule dans la zone aurifère de Miski depuis plus d’une année.

Combien de temps encore le régime d’Idriss Déby va-t-il maintenir le black-out autour de la guerre de l’or à Miski ? Avec la politique de l’autruche du gouvernement, la situation risque de s’enliser et déstabiliser toute la région au nord du Tchad.

Mais que faut-il retenir de cette rencontre côté pile entre le ministre Mahamat Abali Salah et les chefs de canton du Tibesti ?

Dans un cadre non officiel, côté pile, le ministre de la Défense nationale et de la Sécurité publique du Tchad a échangé avec les autorités administratives et les chefs de canton du Tibesti sur la situation à Miski. Son discours est loin d’être un message politique d’apaisement aux populations du Tibesti. Dans un mélange de Gorane et de Toubou, par moments inintelligible, Mahamat Abali Salah, lui-même originaire du Tibesti, a fait comprendre que le régime d’Idriss Déby est puissant et personne ne pourra rien changer.

« (…) Si quelqu’un menace le gouvernement, il me trouvera en face à 100%. Même si mille militaires meurent, l’Etat s’en fiche complètement, il en verra encore d’autres. Seules les mères de ces militaires pleureront, personne d’autre. Si cent voitures sont détruites, ça nous dit rien, ce n’est pas notre argent, c’est l’argent de l’Etat (…). C’est vous, les populations du Tibesti, qui allez souffrir d’une guerre (…). Des gens qui sont en France, des irresponsables qui n’arrivent pas à prendre la responsabilité de leurs familles crient depuis là bas et vous poussent à mourir ici (…). Ne dites surtout pas que vous êtes des rebelles, même les rebelles se sont ralliés pour avoir la paix », a mis en garde le Général de corps d’armée Mahamat Abali Salah. 

En réponse, le Préfet de Tibesti Ouest, Sougui Madou n’a pas manqué de faire part au ministre la souffrance des populations civiles face au blocus militaire qui dure depuis plus d’un année.

« Lors de sa prise du pouvoir, Idriss Déby a dit qu’il n’a amené ni or, ni argent, mais la démocratie. Mais la situation actuelle au Tibesti ne tient pas compte de sa démocratie. Quand il a décidé de rattacher Yebbi-bou et Miski à la province du Borkou, il n’a pas tenu compte de notre avis. Cela fait un an qu’il a fait un blocus militaire complet sur la zone, et cela est inacceptable ni vis-à-vis de Dieu ni envers la population du Tibesti. Je vais abréger mon discours avant que je ne devienne amer. Si Déby persiste dans sa logique de guerre, il faudrait qu’il le fasse en me passant dessus avant de continuer », a-t-il déclaré.

Pendant ce temps, l’armée renfonce son dispositif militaire autour de la zone aurifère de Miski et la guerre de l’or peut reprendre d’un moment à l’autre.

TchadConvergence

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