Dans la guerre de l’or au Tchad: des négociations officieuses se déroulent à Miski

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De sources concordantes, on apprend que le gouvernement tchadien a engagé des négociations officieuses avec les insurgés de Miski, dans l’extrême-nord du Tchad.

Selon ces informations, des émissaires du Président Idriss Déby ont rencontré dans le Tibesti des représentants des insurgés de la zone aurifère de Miski pour engager des négociations en vue d’un règlement pacifique du conflit qui oppose depuis plus d’une année le gouvernement tchadien et les populations civiles qui réclament un « cadre légal de l’Etat » pour l’exploitation de l’or.

Ne reconnaissant pas l’existence de cette guerre de l’or, le gouvernement d’Idriss Déby a opté pour des négociations tribales et régionales sans aucun cadre officiel. Depuis le début des conflits, le gouvernement cherche à maintenir le black-out autour de la guerre et s’acharne à dire que l’armée nationale combat des orpailleurs armés et des terroristes dans la zone frontalière avec la Libye. Et jusqu’ici, aucun bilan et aucune communication gouvernementale n’a été faite sur la guerre qui se déroule dans la zone aurifère de Miski depuis plus d’une année.

C’est dans cet optique qu’une rencontre a eu lieu, le samedi 26 octobre à Bardaï, entre le ministre Délégué à la Présidence, chargé de la Défense nationale, de la Sécurité publique, des Anciens Combattants et Victimes de guerre, Mahamat Abali Salah, et les Chefs traditionnels du Borkou-Ennedi-Tibesti (B.E.T) dans un cadre régional. Parallèlement à cette rencontre, le Président Idriss Déby a envoyé ses émissaires à Miski pour négocier directement, sans intermédiaire, avec ceux qui avaient pris les armes. Un cessez-le-feu avec une levée du blocus de l’armée a été exigé lors de ces négociations. Selon des sources locales, un retrait des troupes de l’armée a commencé autour de Miski et Arkinia.

Il semble qu’un premier accord a aussi été trouvé entre le gouvernement et les insurgés de Miski. C’est certainement dans le cadre de cet accord que les trois jeunes de Miski, arrêtés et envoyés au bagne de Koro-Toro fin mars 2019, ont été libérés ce vendredi matin.

Selon des sources concordantes, le deuxième round de ces négociations se déroulera à N’Djaména ou à Faya-largeau, où est le Président Idriss Déby est attendu dans les jours à venir.

Mais où est passé le Comité d’autodéfense de Miski ?

Depuis le début de ces négociations, on observe un mutisme total du Comité d’autodéfense de Miski. Aucun communiqué pour confirmer ou infirmer ces négociations secrètes. D’habitude, il réagit à chaque changement de la situation à Miski par la voie des communiqués dans les médias et les réseaux sociaux. Le Comité d’autodéfense de Miski est-il exclu des négociations ?

Dans son communiqué publié le 18 octobre, le Comité d’autodéfense annonçait que « les pourparlers ne se feront ni sous cape ni derrière les rideaux, ils se dérouleront en plein jour tout en impliquant tous les partis au Tchad. Ce n’est pas un problème tribal ni régional comme veut le faire croire le ministre de la Défense ». Le Comité d’autodéfense a même exhorté les chefs traditionnels de « ne pas cautionner cette tentative de légitimation de ces massacres ».

Pourtant, dans une tribune publiée dans le journal Lemonde, en août dernier, le Comité d’autodéfense a dénoncé le refus du régime d’Idriss Déby de négocier avec lui. « Nous avons demandé une médiation au travers d’une ONG internationale connue de N’Djamena. Cette structure a bien informé les autorités, et en particulier le ministre de la défense et de la sécurité, de notre souhait de rechercher par le dialogue des solutions négociées qui préservent l’intérêt de tous. En vain ».

Avec le Comité d’autodéfense ou sans aucune instance officielle, l’essentiel est qu’on parvienne à des accords par la voie du dialogue pour que la paix revienne dans cette région du B.E.T qui souffre des affres de la guerre depuis les premières années après l’indépendance. Est-il besoin de rappeler que, depuis l’indépendance du pays, les populations du Tibesti ont payé un lourd tribut dans les différentes guerres qui y ont sévi. Comme tous les autres tchadiens, ils ont droit aussi à la paix, à la quiétude et au bonheur », a déclaré M.Djassira Ngar, secrétaire à l’information, à la sensibilisation et à la mobilisation du Parti pour les libertés et le développement  (PLD) dans un communiqué de presse. Selon le PLD, « le gouvernement tchadien aurait octroyé un permis d’exploration minière de l’or de Miski à Benny Steinmetz Group Ressources (BSGR) qui aurait signé un protocole d’accord avec la SOGECT, une entreprise des proches du Président Déby [NDLR: SOGECT-Tchad appartient à son neveu Abderaman Hassan Mahamat Itno, alias Bedei]. Ce qui expliquerait la hargne et la rage de celui-ci de mettre la main sur cette manne au prix d’extermination des habitants de la province. » 

TchadConvergence

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