Tchad: évincé de son statut de chef de file de l’opposition, Saleh Kebzabo va-t-il enfin devenir un vrai opposant crédible ?

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Dans un arrêt rendu vendredi 12 avril, la Cour suprême du Tchad a décidé de la désignation de Romadoumngar Félix Nialbé comme nouveau chef de file de l’opposition tchadienne.

Depuis qu’un député de l’Union nationale pour la démocratie et le renouveau (UNDR) a rejoint les rangs du MPS, parti au pouvoir, le groupe parlementaire de Saleh Kebzabo ne compte plus que sept députés et l’Union pour la République et la démocratie (URD) en a huit. C’est ce qui fondé la décision la Cour suprême pour Romadoumngar Félix Nialbé, le nouveau chef de file : « C’est la démission qui a provoqué cela. Ce ne sont pas des manœuvres du régime. C’est le droit qui a été dit parce que, vous savez comme moi, que huit est supérieur à sept », a-t-il déclaré à RFI.

En effet, dans une lettre de démission lue, le 22 mars, par le voleur de l’Education et président de l’Assemblée nationale, Haroun Kabadi, le désormais ex-député de l’UNDR, Djibrine Adoum Kattir renonce à son statut de membre de l’Assemblée pour le compte de son parti politique, en dénonçant « les maux qui freinent le parti”. À travers sa démission, cet ex-élu du Salamat décide d’adhérer officiellement au Mouvement patriotique du salut (MPS), parti de l’homme qui tient notre pays d’une main de fer depuis près de trois décennies. Tous les Tchadiens ont compris que c’était une magouille du MPS pour évincer Saleh Kebzabo.

Quant à Saleh Kebzabo, il dit sa surprise, dénonce des manœuvres du pouvoir : « La Cour suprême désigne le chef de l’opposition, ce qui n’est pas dans ses prérogatives. Elle ignore totalement l’article 8 qui dit exactement ceci : le mandat du chef de l’opposition couvre toute la durée de la législature’. Il n’y a pas d’interprétation possible. Comme elle ignore cet article pour lui permettre de faire ce coup fourré, la Cour suprême se met donc à côté de la loi, ce que nous déplorons.  Et tant que le droit ne sera pas dit, je ne m’inclinerai pas, chef de l’opposition, je le suis et je le resterai jusqu’à la fin de mon mandat parlementaire. C’est contraire à mes habitudes, mais là cette fois-ci, je crois que trop, c’est trop. Dans ce pays, on ne fait que violer la loi. Il faut arrêter».

Mais, cette déclaration restera sans suite comme tant d’autres du Député Saleh Kebzabo, âgé de 72 ans et à la tête de l’UNDR depuis plus d’un quart de siècle. Il va certainement continuer à accompagner le régime du Palais rose sans heurts, tant qu’Idriss Déby lui permettra de jouer ce rôle.

En effet, après la validation de la victoire d’Idriss Déby par la Conseil constitutionnel à la présidentielle du 10 avril 2016, ses adversaires regroupés dans le groupe G6 ont contesté sa victoire et ont soutenu, sur la base de leur propre décompte des suffrages, que c’est le chef de file de l’opposition de l’époque, Saleh Kebzabo, qui est arrivé en tête du premier tour avec 33,15 % des voix. « Nous formerons après l’investiture de Déby un gouvernement de salut public, car nous ne reconnaissons pas sa victoire ni toutes les institutions qui en découleront », avait déclaré Saleh Kebzabo. Mais, après ce discours, il n’y a eu ni « gouvernement de salut public », ni une autre forme de contestation. Pire encore, Saleh Kebzabo est allé, à sa demande, s’entretenir le 17 mai en tête-à-tête avec Idriss Déby pendant deux heures au Palais rose.

« Sa position remet du baume au cœur du pouvoir », a affirmé à l’époque Joseph Djimrangar Dadnadji, président du parti d’opposition Cadre d’action populaire pour la solidarité et l’unité de la République (CAP-SUR). Par cette rencontre directe, la première depuis six ans, « son parti est rentré dans les bras de Déby et on va se demander qui est le vrai opposant », a ajouté le leader du CAP-SUR.

Mahamat Ahmat Alabo, autre opposant du Parti pour les libertés et le développement (PLD), a noté que Saleh Kebzabo qui « n’a consulté personne de l’opposition avant de demander audience joue son rôle sur le terrain politique ».

Le 20 juin 2017, le chef de file de l’opposition, Saleh Kebzabo et certains députés membres des partis politiques de l’opposition ont rejeté l’appel à la démission lancé par la société civile et certains partis membres du Front de l’Opposition Nouvelle pour l’Alternance et le Changement(FONAC). Il faut rappeler que des partis comme le PLD, le RPR et bien d’autres membres du FONAC, ont lancé conjointement avec la société civile un appel au boycott de l’assemblée nationale après le 21 juin 2017. «Halte à la prorogation illégale du mandat des députés», lisait-on dans les communiqués de presse des organisations de la société civile. Les leaders de la société civile ont estimé que cette prorogation est en violation de la constitution. Certains ont proposé même de saisir le conseil constitutionnel pour obtenir la dissolution du parlement qu’ils qualifient «d’illégal et d’illégitime». Le PLD a même appelé son unique député à démissionner. Mais, Saleh Kebzabo s’accroche à ses avantages de chef de file de l’opposition parlementaire et fit un doigt d’honneur à ses camarades du FONAC.

TchadConvergence

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