Libye: les Etats-Unis, l’Union Européenne et la Russie appellent à un cessez-le-feu, mais le général renégat Khalifa Haftar dit « niet »

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Les soldats fidèles au Gouvernement d’accord national (GNA) du Premier ministre Fayez Sarraj, reconnu par la communauté internationale, ont repris ce lundi 8 avril l’aéroport Mitiga, à Tripoli, passé sous le contrôle des forces du rebelle Khalifa Haftar. Ce dernier a lancé une vaste offensive pour tenter de prendre Tripoli. Une initiative condamnée par l’ONU, et qui a déjà fait des dizaines de morts.

Les milices de Haftar ont été chassées ce lundi de l’ancien aéroport international de Tripoli, à Ben Ghashir, à une trentaine de kilomètres au sud de la capitale libyenne, ont rapporté des témoins.

Selon les Nations unies, les affrontements ont déplacé 3 400 personnes. « Nous demandons une trêve humanitaire temporaire pour permettre la fourniture de services d’urgence et un passage pour les civils, y compris les blessés », a déclaré Stephane Dujarric, porte-parole de l’ONU à New York.

L’ambassadrice de France convoquée à Tripoli

Signe des crispations, les zones d’ombre présumées entourant le rôle joué par la France ont fait l’objet samedi d’un entretien selon Paris – une convocation selon Tripoli – entre l’ambassadrice de France pour la Libye Béatrice le Fraper du Hellen et le Premier ministre Fayez el Serraj. Ce dernier « a été direct en demandant des explications sur notre rôle », a confirmé la source diplomatique française. « L’ambassadrice lui a redit que nous n’avions rien à voir avec cette offensive militaire, qu’au contraire nous avions fait passer des messages à Haftar pour le dissuader de marcher sur Tripoli et que nous allions refaire passer des messages ». Le président français Emmanuel Macron a téléphoné lundi au chef du Gouvernement d’union nationale libyen (GNA) pour lui affirmer son « refus total » de l’offensive du maréchal Khalifa Haftar contre la capitale libyenne, selon un communiqué du service de presse de Sarraj. L’Elysée a confirmé à l’AFP l’entretien téléphonique avec Sarraj sans en livrer le contenu.

Depuis que le général renégat de la Cyrénaïque (Est de la Libye) a été réhabilité par les chancelleries européennes, lui l’ancien paria moqué comme un « général d’opérette » qui n’a jamais gagné une seule bataille et qui n’a même pas réussi à contrôler totalement sa ville Benghazi, Khalifa Haftar s’est vu en grand pour conquérir Tripoli par la guerre.

A l’évidence, Haftar, dopé par le soutien de ses parrains régionaux, l’Egypte, les Emirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite et par l’extension spectaculaire de son emprise, misait sur un blitzkrieg d’école, au risque de sous-estimer les capacités de résistance d’un ennemi qu’il abhorre. Sans doute espérait-il, lui qui excelle à acheter l’allégeance douteuse de tribus de toutes obédiences, corrompre de groupes armés locaux pour conquérir le Fezzan (sud de la Libye) sans coup férir. Raté, Tripoli n’est pas le Fezzan. Après avoir subi un cuisant revers sur le flanc Est de Tripoli, son avant-garde se voit contrainte de s’inscrire dans une logique de siège.

Siège à l’issue d’autant plus incertaine que les puissantes milices de Misrata dont la fameuse Brigade 166, viscéralement hostiles à l’ancien officier du défunt Guide Muammar Kadhafi, semblent avoir scellé sinon une union sacrée, du moins un pacte circonstanciel avec celles de Tripoli, de Zentan et de Zawiya, histoire d’enrayer « l’avancée maudite ». Déjà, les troupes affiliées au GNA claironnent le lancement d’une contre-offensive baptisée et « Ouadi Doum 2 » et « Volcan de la colère »

L’ancien prisonnier du Président Hissein Habré vient de découvrir qu’il n’a comme militaires que de vieux généraux de Kadhafi dans son armée constituée essentiellement de caïds et de mercenaires soudanais.

Fidèle à sa légende, Haftar qui, dans une vie antérieure, s’établit aux États-Unis et œuvra pour la CIA, reste sourd, pour l’instant du moins, à toutes les objurgations, qu’elles viennent du « machin » onusien, du G7, de l’Union européenne ou de Washington. C’est en vain que Mike Pompeo, le secrétaire d’État américain, réclame « l’arrêt immédiat » de l’offensive tripolitaine et de revenir aux « positions du statu quo ». Le Kremlin, lui, appelle « toutes les parties » à la retenue, et ce après avoir torpillé l’adoption par le Conseil de sécurité d’une déclaration d’initiative britanniques enjoignant à la milice de Haftar de suspendre son offensive.

TchadConvergence avec AFP et lexpress.fr

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