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« La transition en cours au Tchad n’est guère rassurante », selon un haut gradé de l’armée

Hamid Barkaï est un ancien officier supérieur de l’armée tchadienne. Actuellement, il est président du Front Patriotique du Tchad (FPT). Pour rappel, c’est en Février 1979 que le président Hamid Barkaï s’est engagé au sein de l’armée nationale tchadienne. Par la suite, il a intégré l’École de Formation des Sous-Officiers de Koundoul au Tchad. Ensuite, de 1987 à 1988, il sera admis au Fort Huachuca en Arizona aux État Unis (École des Officiers des Renseignements Militaires). Pour renforcer ses compétences, le président du FPT, effectue un séjour aux Etats Unis puis à Fort Benning en Géorgie en 1993 à l’École des Officiers d’Infanterie Avancée des Armées de Terre. De 1997 à 1998, il intègre l’École Supérieure d’État-major de l’Armée de Terre Kaduna (Senior Command and Staff Collège in Jaji Kaduna) et avant de rejoindre le Centre d’Étude Diplomatique et Stratégique de Paris de 1999 à 2000. Voici son entretien avec le journal sénégalais DAKARTIMES.

DAKARTIMES : M Hamid Barkaï, vous êtes un Haut gradé de l’armée tchadienne. Nous avons souhaité vous interroger sur  le Tchad, aujourd’hui, sous un régime de transition. Un an après la mort d’Idriss Deby, comment appréciez-vous la situation  au  Tchad ?
Hamid Barkaï : Tout d’abord, merci pour cet entretien.  Si on doit faire un bilan global, je dirai que cette transition en cours n’est guère rassurante. Et, 12 mois après la prise du pouvoir par le CMT, les inquiétudes ne sont pas dissipées et les cœurs des Tchadiens ne sont pas apaisés. Le Tchad se trouve dans une situation très délicate, tant sur le plan économique, politique que social.

On peut dans un premier temps saluer la politique de la main tendue du CMT. En effet, on peut mettre à l’actif du CMT, la reconnaissance des mouvements et la volonté de les transformer en parti politique. Mais aussi, la levée des interdictions de manifester, l’approbation des deux lois d’amnistie permettant la restitution des biens des opposants en exil et le retour de ces derniers et de quelques activistes au pays.

Le régime s’est d’abord illustré à ses débuts par une répression sanglante des différentes manifestations pacifique à N’djamena, causant ainsi la mort de plus de 18 Tchadiens. On note également, la répression brutale des différents soulèvements dans les villes comme Moundou, Faya, Abéché, Miski, etc… Le fait le plus symptomatique de cette transition est la tentative d’assassinat de l’ancien ministre de l’Intérieur.  Sur le plan social, cette période de ramadan et de forte chaleur est marquée par une augmentation des prix de première nécessité sur le marché, des coupures intempestives de l’électricité et de l’eau dans la capitale.

Face à tout ça, le CMT et son gouvernement peinent à proposer des solutions concrètes et pérennes. Les cris des Tchadiens qui aspirent à vivre dignement dans leur pays ne sont pas audibles auprès des autorités. Il y a aussi la précarité sociale et la faiblesse de l’économie tchadienne qui pourraient à nouveau prolonger le pays dans une période de récession économique grave. L’instabilité politique que traverse le pays, ne met pas les populations à l’abri  d’un conflit armé au cœur de la capitale. Le Tchad pourrait basculer à tout moment dans une situation d’insécurité permanente et de KO généralisée.

DAKARTIMES : Depuis un mois, la capitale qatarie abrite les négociations entre les Mouvements politico militaires et le gouvernement de Transition. Votre mouvement politique contacté n’a pas souhaité prendre part à ces négociations. Pourquoi ?

Hamid Barkaï : Le gouvernement tchadien a souhaité organiser des négociations avec les mouvements politico-militaires. Il a proposé un agenda en 2 phases : des pourparlers à Paris pour l’acceptation des négociations puis une seconde phase appelée pré dialogue à Doha avec le Qatar comme pays médiateur.

Tout d’abord, cette rencontre de Doha a été organisée d’une manière un peu particulière. Le CMT avait présélectionné les groupes, avec qui, il voulait parler lors de la rencontre à Paris, mais aussi, dans plusieurs autres capitales. Au vu de cette sélection, nous avons constaté que notre parti n’en faisait pas partie, et même, si cela avait été le cas, nous ne l’aurions pas accepté parce que les règles étaient préétablies par une seule partie sans considération pour les autres parties. Le temps nous a donné raison en analysant ce qui se passe à Doha.

Après deux semaines de travaux, les politico-militaires ont  travaillé sérieusement pour faire de cette rencontre une opportunité pour régler nos problèmes. Le CMT a mis à la poubelle les propositions faites par les opposants, et a répondu par un document préparé à l’avance.  Le gouvernement tchadien voulait juste se trouver à Doha dans un grand pays qui a une diplomatie active et reconnue sur la scène internationale pour l’utiliser pour se donner du crédit. C’est pourquoi, la question du rôle du Qatar s’est posée : facilitateur ou négociateur. Le Qatar a posé les conditions pour qu’il assure une médiation.
 
Les politico-militaires ont accepté ces conditions. Or, malgré cet effort des politico-militaires, les choses n’avancent pas. Le CMT est tombé dans son propre piège en voulant tromper tout le monde.  Il est important que cette attitude du CMT soit bien comprise par les observateurs internationaux que sont l’UA, l’UE, la CBLT. Nous ne regrettons point de ne pas être présents à Doha face à des gens qui gèrent seulement leurs intérêts personnels sans aucune compassion pour nos compatriotes en souffrance. Des négociations qui traînent et qui n’ont encore rien donné à 15 jours de la date du dialogue national inclusif. On peut dire que c’est un échec.
 
DAKARTIMES : Pensez-vous que Mahamat Idriss Deby est à même de gérer le Tchad et de faire face aux nombreux défis ?

Hamid Barkaï : Tout d’abord, le système n’est pas un système qui peut permettre à quelqu’un comme Mahamat Idriss Deby de gouverner. D’autant plus qu’il n’a pas été préparé pour diriger un pays comme le Tchad.
Idriss Deby durant son règne détenait et exerçait tous les pouvoirs. Tout était décidé par lui-même et personne d’autre. On parle d’une transition de 18 mois, nous sommes au treizième mois et tout ce qu’on a vu de concret, c’est la levée de deuil d’Idriss Deby et la construction d’un monument en son honneur.

« Le président du CMT, lui aussi, est dans une situation délicate et d’insécurité »
 
Hamid Barkaï, président du FPT

Mahamat Idriss Deby fait face à d’énormes difficultés dues à la gestion catastrophique des 30 années du régime du MPS. Idriss Deby n’a laissé derrière lui que de la désolation, de la souffrance, du pillage des ressources. Les défis sont énormes sur tous les plans. S’y greffe aussi une lutte interne au sein du clan où vous avez des groupes importants ayant les moyens militaires qui ne souhaitent pas que le système Deby change. Ils veulent garder leur mainmise sur tout ce que peut produire un État. Donc le Président du CMT a tenu une année durant laquelle aucun changement n’a pu se faire. Lui aussi, est dans une situation délicate et d’insécurité.
 
DAKARTIMES : Vous avez une grande expérience militaire même si vous êtes aujourd’hui, un homme politique. On constate que les corps militaires, les mouvements politico-militaires commandent le jeu politique au Tchad, du fait de nombreuses crises. Comment changer la donne ?

Hamid Barkaï : L’histoire du Tchad explique la prédominance des militaires dans le jeu politique. Mais la donne la plus importante, c’est que les multiples rébellions ont été la seule voie possible pour faire face à de terribles injustices, à une répression qui n’existe nulle part dans le monde. Les populations tchadiennes ont été abandonnées par la communauté internationale. Idriss Deby a détruit ce pays, appauvri et maltraité les Tchadiens sous le regard de la communauté internationale. Si cette indifférence de la communauté internationale ne cesse pas, le Tchad va imploser sans conteste.
A mon avis comme je disais ci-dessus, on a besoin de trouver la bonne personne pour faire le travail. Ce n’est pas typique pour notre pays, mais un peu partout en Afrique, on diffuse l’idée que les militaires doivent s’effacer de la scène politique. Mais la seule chose qu’on doit prendre en compte est le critère de la personne à choisir pour le bien-être de nos pays, et de nos peuples. Quel soit militaire ou civil, le caractère de l’homme fait de l’homme, ce qu’il était, ce qu’il est et ce qu’il sera. Au Tchad ou ailleurs, choisissons les hommes capables, dignes, de relever les défis que rencontrent nos peuples. C’est la chose la plus importante.
DAKARTIMES : Au mois de Mai, va se tenir le Dialogue National, Inclusif et souverain qui va être une espèce de Conférence nationale souveraine pour que les Tchadiens se parlent, se réconcilient. Faites-vous confiance au processus et, est-ce que c’est une chance pour le pays ?

Hamid Barkaï : Un vrai processus de réconciliation nationale implique de faire un état des lieux de trente ans de règne de feu Deby père et de situer les responsabilités sur les différents problèmes qui minent le Tchad et ses institutions. Les problèmes auxquels le Tchad est confronté trouvent leur source dans la manière dont le défunt père du président du CMT a géré ce pays ces 30 dernières années.

En 1990, on a organisé une CNS et on a fait croire aux gens que les résolutions seraient exécutées. Le système MPS a trompé tout le monde, et, il a fait ce qu’il voulait en instaurant une dictature et une répression terrible. Aujourd’hui, ceux qui sont au pouvoir, sont ses héritiers, ils ont maintenu sa gouvernance, incapables après 30 ans de pouvoir, de prendre en charge les préoccupations des populations et d’améliorer leurs conditions de vie.

Le processus du Dialogue National Inclusif est profondément vicieux par l’absence d’une volonté réelle de paix, de réconciliation. C’est un jeu politique malsain qui s’est déroulé. Il ravivera les difficultés et ne règlera pas les graves problèmes auxquels le pays est confronté. Cette initiative d’organiser un dialogue national inclusif est une illusion parce que le système de prédation mis en place ne voudra jamais donner une chance à notre pays de sortir de cette situation qui profite aux tenants du pouvoir, à leurs familles et à leurs affidés.

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