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Tchad: panique à N’Djaména après l’attaque du Croissant pétrolier libyen

En Libye, les troupes de Khalifa Haftar ont annoncé lundi 25 juin avoir pris le contrôle de l’ensemble des terminaux du croissant pétrolier libyen, en riposte à l’attaque des milices concurrentes de l’Est menées par Ibrahim Jadhran.

«Toutes les installations pétrolières sécurisées par l’Armée Nationale Libyennes (ANL) sont remises à la Compagnie nationale de pétrole issue du gouvernement provisoire (de l’Est) et présidée par Faraj al-Hassi», a déclaré le général Ahmed Mesmari qui lisait une décision du maréchal Haftar. Ainsi, le maréchal a confié la responsabilité des installations à une compagnie pétrolière créée à l’Est, sous contrôle des autorités parallèles basées à Tobrouk et dorénavant chargées de gérer la manne pétrolière, à savoir plus d’un million de barils par jour.

Le 14 juin dernier, le chef de guerre Ibrahim Jadhran qui s’est enrichi par l’argent du pétrole, a surpris tout le monde en Libye en reprenant le contrôle des terminaux de Ras Lanouf et d’al-Sedra, deux principaux sites dans cette région du nord-est libyen, par lesquels le pétrole libyen est acheminé vers l’étranger, qu’il contrôlait avant d’être chassé par les forces de Haftar en 2016. Il avait plus de 600 véhicules militairement équipés, plus de 150 tanks, des dispositifs de brouillage et 1 200 « mercenaires tchadiens » employés dans son offensive au croissant pétrolier.

Des rebelles tchadiens impliqués dans l’attaque du croissant pétrolier ?
Selon plusieurs médias libyens, Ibrahim Jadhran, dont la tribu d’Al-Magharba est historiquement basée dans la région, a fait alliance avec les « Brigades de défense de Benghazi », formées de combattants islamistes chassés ces dernières années de Benghazi par l’ANL et des groupes rebelles tchadiens. L’Union des Forces de la Résistance (UFR) de Timan Erdimi a été citée par plusieurs chaines Télé libyennes. Et cette information n’a pas été démentie par les instances de l’UFR.

Celui qui dirige l’autoproclamée armée nationale libyenne (ANL) cantonnée en Cyrénaïque, la région de l’est de la Libye, vient ainsi d’entamer un violent bras de fer avec le gouvernement d’union nationale (GNA), basé à Tripoli à l’ouest qui met à mal le très laborieux processus de réconciliation du pays. Cette reconquête de Khalifa Haftar dépasse la simple action militaire de sécurisation. Jusqu’ici, les installations pétrolières étaient gérées par la Compagnie nationale de pétrole dépendante de Tripoli et du gouvernement d’union nationale. Pour Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye, la décision de M. Haftar « est une surprise ». « Il y a quelques jours seulement, Haftar tentait de parler comme une figure nationale, soucieuse de respecter son engagement auprès de l’Élysée (à Paris fin mai) en vue d’organiser des élections paisibles d’ici le 10 décembre 2018. Aujourd’hui, nous assistons à l’inverse. Haftar montre le visage d’un leader qui ne parvient pas à s’imposer comme une réalité politique ou militaire en dehors de la Cyrénaïque, en disant explicitement vouloir briser pour la première fois la centralisation des revenus pétroliers à Tripoli ». Pour Claudia Gazzini de Crisis Group, « la décision de l’ANL de ne pas remettre à la Compagnie nationale de pétrole (NOC) de Tripoli les terminaux pétroliers clé de la Libye est dangereuse ». « Elle pourrait relancer la guerre et approfondir les divisions entre l’Est et l’Ouest » de la Libye, a-t-elle souligné. Le gouvernement d’union nationale de Sarraj a appellé l’ONU à l’aide pour récupérer la gestion des sites pétroliers passés sous le contrôle des autorités parallèles de l’est du pays.

Mais, pour Ahmed Mesmari, l’offensive de l’ANL était d’empêcher que les revenus pétroliers soient utilisés pour financer les milices, telles que les « mercenaires tchadiens », une référence aux groupes rebelles tchadiens qui seraient alliés à Jadhran.

Repli des forces d’Ibrahim Jadhran vers le sud de la Libye, panique à N’Djaména
Selon des sources concordantes, les forces en déroute de Jadhran se sont retirées vers le sud de la Libye. Et cette situation inquiète énormément le gouvernement tchadien qui l’a fait savoir dans un communiqué publié ce mardi 26 juin 2018. « Le gouvernement de la République du Tchad assiste, depuis quelques jours, à la dégradation de la situation sécuritaire en Libye consécutive aux affrontements armés entre les différentes factions. Le gouvernement de la République du Tchad attire l’attention de la Communauté Internationale sur la pratique récurrente du mercenariat dans cette crise libyenne et le développement du trafic de drogue, des armes et des êtres humains. D’ores et déjà, toutes les dispositions sont prises pour sécuriser nos frontières ».  Le régime tchadien, en mode panique, veut montrer que ses forces sont en alerte et que les rebelles ne pourront pas franchir la frontière.

Mais, ces derniers temps, le malaise est perceptible dans l’armée clanique d’Idriss Déby. Même dans son propre clan Zaghawa, les langues se délient et la grogne est aux portes du Palais rose. Un ordre donné aux forces de l’ordre, il y a deux mois, pour saisir tous les véhicules 4×4 de marque Toyota appartenant aux particuliers a tourné en une fronde contre le régime à Tiné à l’est du pays. Depuis lors, ldriss Déby et ses parents Zaghawa sont à couteaux tirés, et la tension est telle que le Sultan du Dar-Bilia a longtemps hésité avant de se rendre à Am-Djarass pendant le mois du Ramadan.

Les forces du Grand Borkou, Ennedi et Tibesti (B.E.T), une autre composante très importante de l’armée clanique ne semble pas être disposée à répondre à l’appel de l’homme qui tient le Tchad d’une main de fer depuis plus de 28 ans. En effet, depuis le rattachement de la ville historique de Fada à Am-Djarass, le courant ne passe plus entre Idriss Déby et ses parents du B.E.T. La perte du statut de capitale régionale de la ville de Fada a provoqué une vive réaction des chefs traditionnels et coutumiers de l’Ennedi Ouest et a été jugée inacceptable par tous les ressortissants du B.E.T. Une pétition sur les réseaux sociaux, une conférence de presse organisée à N’Djaména par les jeunes de l’Ennedi, des groupes de discussion sur Whatsapp, … la mobilisation pour Fada va grandissante.

TchadConvergence avec AFP

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