Tchad: après une année de trêve, la guerre de l’or reprend à Miski

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(N’Djaména, 7 octobre 2019) – Les affrontements ont repris autour de Miski, dans l’extrême-nord du Tchad, entre les forces de l’armée tchadienne et les villageois insurgés de la zone aurifère du Tibesti.

Tout a recommencé dès le retour du Président Idriss Déby de New-York, où il a assisté à la 74ème session ordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies. Il semble qu’un ordre a été donné aux forces de défense et de sécurité de saisir les armes et véhicules qui circulent dans la zone aurifère de Miski, et confisquer les téléphones satellitaires Thuraya dans le cadre de l’état d’urgence qui devrait être en vigueur dans le Tibesti depuis août dernier. Des chefs de canton de la région ont ainsi été mobilisés pour une opération de désarmement à l’image de ce qui s’est dans les provinces du Ouaddaï et du Sila, où 2 000 armes de guerre et 7 000 munitions saisies ont été présentées au Président Idriss Déby à la clôture de la Conférence des gouverneurs qui vient de se tenir à Abéché.

Mais ici, c’est Miski sous le contrôle d’un comité d’autodéfense local et où une poignée d’habitants se sont insurgés en août 2018 pour défendre leur territoire contre la volonté du régime du gouvernement d’exploiter « illégalement les ressources minières ». Depuis novembre 2018, la région de Miski est soumise à un blocus de l’armée tchadienne, après trois mois de violents affrontements entre l’armée et les villageois insurgés. « Nous refusons catégoriquement d’être désarmés dans la mesure où les raisons qui nous ont conduits à prendre les armes contre les autorités n’ont pas trouvé de solution », avait déclaré l’ancien sous préfet de Yebbibou devenu porte-parole du comité d’autodéfense de Miski. Avant d’envisager le désarmement de la population dans la province du Tibesti, le comité d’autodéfense de Miski revendique notamment le droit à « l’exploitation de l’or de Miski de façon légale ». Mais depuis quelques mois, l’orpaillage artisanal a recommencé autour de Miski sous l’œil bienveillant des officiers de l’armée clanique d’Idriss Déby et du Comité d’autodéfense.

Ainsi, le jeudi 3 octobre 2019 vers la fin de la matinée, à Arkinia, une localité située au bout de la chaîne des montagnes, à une vingtaine de kilomètres de Miski, des forces de l’armée tchadienne ont tenté de saisir des véhicules dans le cadre de l’état d’urgence dans le Tibesti. Selon le porte-parole du comité d’autodéfense de Miski, « une quinzaine de civils ont été appréhendés, trois véhicules appartenant aux mêmes civils ont été confisqués ainsi que des téléphones et autres effets personnels » au cours de cette opération. Mais, très rapidement l’intervention de l’armée tourne en violents affrontements au cours desquels, deux véhicules de l’armée auraient sauté sur une mine. Lors des combats, dans le désordre, une unité de l’armée, une dizaine de pick-up selon certaines sources, s’était retranchée vers les montagnes, mais celle-ci a été très rapidement encerclée par des combattants du Comité d’autodéfense arrivés à la rescousse.

Il a fallu acheminer des renforts de toute la région, bombarder à l’artillerie lourde et mener des violents combats durant toute la journée du 4 octobre pour desserrer l’étau autour de la force encerclée. Selon des sources locales, après ces combats, les insurgés du Comité d’autodéfense de Miski se sont retirés et campent depuis lors sur la défensive dans leurs positions.

Il n’y a pas d’affrontements, a déclaré le ministre de la Défense et de la Sécurité à RFI. L’armée est effectivement sur place, poursuit le Général Mahamat Abali Salah, mais son rôle est seulement de lutter contre l’orpaillage illégal. « Nous avons commencé depuis le début de l’année des opérations avec pour objectif de mettre de l’ordre. Nous avons certainement rencontré des bandes organisées qui exploitaient l’or illégalement ».

Après ces affrontements, la tension est monté d’un cran dans toute la province du Tibesti, où règne un statu quo militaire depuis plus d’un an. Le siège par l’armée depuis près d’une année va donc ainsi continuer autour de Miski, où vivent plus de 2 000 civils dont des vieillards, des femmes et des enfants.

Et les jeunes combattants du Comité d’autodéfense aussi ont repris leurs chants de résistance jusqu’à la mort.

TchadConvergence

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