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Le pouvoir d’achat des ménages en chute libre au Tchad: une population réduite à la misère noire

Au Tchad, c’est la débrouille au quotidien. Chaque jour qui passe est un combat contre la vie chère remporté de haute lutte par des populations fortement préoccupées par les trucs et astuces à trouver pour se loger ou faire bouillir la marmite.

Abdiel, un fonctionnaire durement éprouvé par la conjoncture, a appris à tourner la page des vaches grasses pour s’adapter aux dures réalités du quotidien. En matière de repas, il a réduit le déjeuner « à un léger repas qui ne coûte pas cher ». « C’est une manière de ne pas laisser les enfants dans la faim », explique-t-il avant de souligner que c’est le soir qu’il donne à son épouse de quoi mijoter « un bon repas », bien substantiel.

En cas de restes de ce plat nocturne, la femme d’Abdiel les réchauffe au réveil et la famille s’en régale en guise de petit-déjeuner, renseigne le fonctionnaire qui présente ce bouleversement d’habitude alimentaire comme « un sacrifice collectif » à faire.

Ahmat, agent d’appui dans un ministère, n’a presque pas le choix. «Tout le temps j’ai des problèmes à la maison. J’avais pris un crédit que je rembourse, j’ai perdu une partie de mes indemnités. Ce n’est pas facile», confesse l’homme dont l’épouse n’en pouvant plus d’endurer les privations a fini par abandonner le foyer conjugal pour retourner dans sa maison familiale.

Jeune enseignant, Amine, lui, a pris les devants. Au lieu d’attendre que madame s’en aille, il a déménagé toute la famille, en quittant l’appartement qu’il avait pris en location au centre-ville de N’Djaména pour réintégrer la maison familiale, située dans un quartier à la périphérie de la capitale tchadienne. Ainsi, Amine et sa famille cohabitent maintenant avec des neveux et autres parents, comme peut secréter la famille africaine.

Pour en arriver à ce stade, Amine a longtemps résisté avec son salaire de 300.000 FCFA avant de se rendre compte que les impôts décidés par le gouvernement lui prennent 100.000 FCFA environ. Sans compter le loyer fixé mensuellement à 75.000 FCFA.

« Du coup, tout mon programme est chamboulé (…). Imaginez un moment ce que je pouvais faire avec le reste », indique Amine qui, avant de baisser les bras, a d’abord mis à contribution sa banque.

‘’Les premiers mois je ne me retrouvais pas du tout. Autour du 15 du mois, je n’avais plus rien. J’étais obligé de prendre un découvert (avance sur salaire) à la banque, chose que je ne faisais jamais auparavant’’, confesse l’enseignant ayant eu très tôt le flair de se rendre compte qu’au train où allaient les choses il ne pourrait plus garder son standing d’habitant du centre-ville.

Ils sont nombreux les fonctionnaires tchadiens comme le Tchadien tout court à vivre un quotidien de galère du fait de l’enrichissement du coût de la vie, passé presque du simple au double suite au marasme dans lequel se trouve l’économie nationale.

Florissante avec le pétrole, celle-ci a brusquement plongé du nez en 2014 à la faveur de la chute des prix de l’or noir, un phénomène qui a mis l’État en quasi-banqueroute et les populations dans la précarité. Obligées qu’elles sont de subir stoïquement les augmentations des prix des denrées de première nécessité, les retards de salaire et les retenues sur les salaires.

L’annonce d’une prochaine diminution des salaires de tous les fonctionnaires dans une fourchette de 5 % à 45 % n’est pas faite pour arranger les choses, font remarquer beaucoup de Tchadiens. Gagnés chaque jour par l’angoisse, ils ne ratent aucune occasion pour dénoncer l’incurie du gouvernement à atténuer les mesures d’austérité qu’il ne cesse d’instituer.

Imprévoyant, l’État ne s’était pas retenu pour engloutir en 2013 l’agent du pétrole dans de grands travaux dont certains sont encore inachevées et en recrutant à tour de bras de nouveaux fonctionnaires. Aujourd’hui que la manne pétrolière s’est volatilisée, il fait chèrement payer aux populations le prix de sa mauvaise politique.

D’où ce cri du cœur de Altangar Mianro : « Le fonctionnaire tchadien ne pourra jamais faire des économies à part prendre un crédit bancaire. Nous sommes tellement endettés que nous n’arrivons pas à joindre les deux bouts. Si le gouvernement venait à rabattre encore les salaires, les Tchadiens ne sauront plus de quoi sera fait demain ».

TchadConvergence avec APANEWS

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