Crise politique au Cameroun et au Tchad: quand Biya convoque un « grand dialogue national », son compère Déby prolonge l’état d’urgence de 4 mois

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Le Président camerounais Paul Biya a annoncé ce mardi 10 septembre dans un discours à la Nation qu’il entendait «convoquer un grand dialogue national» fin septembre pour tenter de mettre fin à la crise qui secoue les régions anglophones depuis trois ans.

«J’ai décidé de convoquer, dès la fin du mois en cours, un grand dialogue national qui nous permettra (…) d’examiner les voies et moyens de répondre aux aspirations profondes des populations du Nord-ouest et du Sud-ouest, mais aussi de toutes les autres composantes de notre Nation», a déclaré le vieux dictateur camerounais, 86 ans dont 37 ans au pouvoir, propos rapportés par l’AFP.

Au Tchad, l’Assemblée nationale, « illégale et illégitime » depuis 2015, a adopté, ce mardi 10 septembre, la prolongation de l’état d’urgence jusqu’au 10 janvier 2020 (4 mois) dans les trois provinces, Ouaddaï et Sila dans l’est et Tibesti dans le nord du pays.

Photo: Tchadinfos

Ce régime d’exception est en vigueur depuis le 20 août 2019, suite à un déplacement du Président Idriss Déby dans les provinces de l’est du Tchad, où l’on observe une recrudescence de violences intercommunautaires. 

« S’il y a encore des conflits entre Arabes et Ouaddaïens, et entre Mouro et Dadjo, vous tuez ici, et vous tuez là-bas. Vous tuez dix de chaque côté afin de sauver la majorité. Vous avez l’autorisation. Celui qui ne le fait pas, Monsieur le ministre, vous prenez une décision contre lui », avait lancé le Président Idriss Déby aux autorités locales, le 18 août dernier, à Goz Beida, chef-lieu de la province de Sila.

L’opposition savait que ce serait une bataille perdue. Mais elle ne s’est pas retenue. Pour le Député Gali Ngoté Gata, « la sécurité, la justice et l’administration ne font pas leur travail. Voter une loi de prorogation d’état d’urgence ne peut être qu’une loi de sursis. Cette loi ne sortira pas le Tchad de cette crise actuelle », a-t-il lancé au micro de RFI.

D’autres députés ont dénoncé les exactions contre les populations de ces provinces qui ont perdu qui, une moto, qui dès bijoux, qui de l’argent.

Le journal N’Djaména Hebdo a révélé que les forces de sécurité déployées pour assurer l’état d’urgence et procéder à des fouilles d’armes se livrent à des exactions entraînant de très graves violations des droits de l’homme. « Au moment des fouilles des cases, des villageois qui sont tenus loin de leurs habitations et interdits d’y entrer sous le prétexte de chercher des armes, les force de l’ordre se livrent à des pillages systématiques des biens des villageois : argent, bijoux, or, montres, téléphones portables ainsi que tous les autres bien précieux y compris les motos stationnées à l’intérieur des habitations. Tous les villageois ayant constaté les pertes de leurs biens après les fouilles et qui osent les réclamer sont systématiquement accusés d’avoir caché des armes et emprisonnés, certains conduits à la prison de Koro Toro », informe-t-il.

Le gouvernement, représenté par cinq ministres à ce débat, n’a pas reconnu les faits mais a promis attirer l’attention des forces de l’ordre. « Franchement, je n’ai pas constaté d’abus des forces de défense. On n’a pas de preuves, ni de plaintes qui disent que les forces ont abusé. Mais comme la question est posée par la presse, par les députés, par tout le monde, vous m’obligez à dire aux forces de défense « attention, ne faites pas ça » », explique le Ministre Délégué à la Présidence, Chargé de la Défense nationale, de la Sécurité, des Victimes de guerre et Anciens combattants, le Général de corps d’armée Abali Salah à RFI.

TchadConvergence

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