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Bilan de la première année du cinquième mandat du Président Idriss Déby: « la plus sombre page des 27 années de pouvoir sans partage au Tchad »

Le 8 août 2016, une cérémonie a été organisée à coup de milliards dans un grand hôtel de la capitale pour l’investiture d’Idriss Déby pour un cinquième mandat au terme d’une élection très contestée et qualifiée de « hold-up électoral » par l’opposition.

L’investiture d’Idriss Déby, s’est déroulé dans un climat social très tendu avec la mort la veille d’un manifestant à N’Djamena après « des tirs à balles réelles des forces de l’ordre ».

Une année après, la ligue nationale des jeunes de la Convention Tchadienne pour la Paix et le Développement (CTPD), parti de Laoukein Kourayo Médard, principal challenger d’Idriss Déby lors de la présidentielle et actuellement en prison à Moundou, dresse un état des lieux de la situation politico-sociale d’une année de pouvoir de l’homme qui tient le Tchad d’une main de fer depuis plus de 27 ans. Voici l’intervention à Moundou de Dikbo Hubert, vice-président national de la ligue des jeunes de la CTPD.

« Le 8 août 2016, il vous souviendra qu’Idriss Déby Itno au pouvoir depuis 26 ans, rempilait contre vents et marées pour un nouveau mandat à la tête de notre pays. Merveilles et éternel espoir, avait-il encore promu pour les tchadiens et surtout la jeunesse et les femmes. Mais un an après cette nouvelle forfaiture politique, il y a lieu de se poser la question, si ce pays là vit-il encore.

Le Tchad, ce beau, magnifique et riche pays avait déjà connu depuis un quart de siècle, sous le couvert de la démocratie et de la liberté, une personnalisation unique en son genre. Enrichissement illicite, pillage à ciel ouvert, corruption, misère à l’extrême, armée nationale au service d’un individu, séquestrations, torture et assassinat des contestataires etc. Et à l’entame du nouveau mandat de Déby, certains incrédules de l’opinion nationale et internationale ont fini par découvrir davantage le vrai visage de ce régime de terreur.

Loin d’évoquer le grand cafouillage que développe le Gouvernement, faisant du sur place ou rien du tout en termes de promesses tenues, l’on doit s’intéresser aux graves dérives vécues depuis le 8 aout 2016, au point de voir le Tchad dans la plus sombre page de l’époque Déby.

Sur le plan social, l’on a plus rien à démontrer de la crise économique minutieusement planifiée et mise en exécution, au seul but de rendre misérables les pauvres et renforcer le pouvoir de ceux dont les richesses de ce pays sont destinées. Aujourd’hui le citoyen tchadien, n’a donc que ses yeux pour pleurer alors que la fin du calvaire n’est autant pas pour demain.

Sur le plan des libertés fondamentales et celles de la presse, le pays a franchi la ligne rouge en 2016. Hommes des médias, blogueurs, activistes et que sais-je font l’objet de la chasse à l’homme. D’aucuns enlevés et séquestrés, d’autres intimidés et nombreux d’autres encore vivent dans la clandestinité et l’on ne peut dénombrer les procès qui s’enlisent en justice à leur sujet. Oui, il y a des jeunes intellectuels qui ont pris conscience et qui ne veulent pas être complice de cette prise d’otage du peule tchadien devant la génération future. Mais face à un régime où la nullité, la médiocrité et la traitrise priment sur la probité morale et l’intégrité, il faut du sacrifice et un travail de fond.

S’agissant de la politique, l’on est sans voix pour le sort réservé aux opposants depuis le 10 avril 2016. Le seul souci qui gène peut être encore pour le pouvoir actuellement est de proclamer le parti unique au Tchad, même si l’on semble déjà le vivre. Les élections présidentielles de 2016, en lieu et place de consolider la démocratie, n’ont fait que renforcer la puissance du régime, aveuglé par la magie du pouvoir. Ce qui explique le musèlement de ceux qui osent encore lever le petit doigt avec un dispositif sécuritaire ultra renforcé d’un pays en guerre. En guerre justement contre personne mais contre son propre peuple.

Aux termes de ce constat, nous interpellons la communauté internationale et singulièrement la France. Le malheur du peuple africain et celui du Tchad, colonie de la France, c’est bien l’Élysée. En avouant aux journalistes français, il y a quelques semaines de n’avoir plus voulu être à la tête du Tchad après 2006, Déby a dévoilé le plus grand secret d’État. « J’ai été imposé par la France qui connait par cœur l’Afrique alors que j’ai voulu passer la main. Il y a un constitutionnaliste dont je ne connais même pas son nom, était venu modifier la constitution pour que je reste » telle est la substance de cette déclaration. Naïvement et sans états d’âmes, cette haute trahison du Président de la République semble passé inaperçue et moins encore de la réaction de la France.

Cessez de nous imposer des dictateurs, qui n’ont aucun intérêt pour leur peuple !

Francois Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et aujourd’hui Emmanuel Macron, cinq Présidents qu’a déjà connu Déby, tous avec une différente et apparente philosophie mais toujours cloués au pré carré et la FranceAfrique. Vous êtes fiers de la France, pays de droit, donneur de leçons de démocratie et de liberté, mais nous aussi, sommes jaloux de notre pauvre pays le Tchad bien enclavé et, dont les populations n’aspirent qu’au strict minimum d’une simple vie paisible. Il est alors hors de question de nous soumettre à l’esclavagisme moderne dont les marionnettes sont nos propres frères africains. Mais il est encore tant Mr Emmanuel Macron Président de la France, d’examiner la demande de Idriss Deby Itno, qui veut marquer l’histoire et volontiers laisser le pouvoir. Ça sera le plus beau cadeau que vous l’aurez fait pour sa future carrière alors que les tchadiens vous seront qu’à jamais reconnaissants. En attendant, la Ligue des jeunes de la CTPD demande au chef de l’Etat de reprendre le contrôle de ce pays, de tenir ses engagements et de réaliser les projets promus pour le bien être social de la population. Quatre ans encore à venir et que la rupture se fasse le plutôt dans cette calamiteuse gestion où le peuple ne fait que payer le plus lourd tribut.

En fin, il serait ingrat de ne pas valoriser le travail des médias locaux, nationaux et internationaux, en relayant la voix des sans voix et en démystifiant ceux dont la mission est de couper le souffle de vie aux pauvres citoyens.

Vive l’opposition démocratique pour restaurer au Tchad sa dignité et son intégrité d’une nation forte et prospère pour que vive la lutte pacifique ». Fin de l’intervention de Dikbo Hubert, vice-président national de la ligue des jeunes de la CTPD.

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