Au Tchad, des lanceurs d’alerte Zaghawa jetés en prison pour verrouiller encore davantage les réseaux sociaux

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Le ministre de l’Administration du territoire, de la Sécurité publique et de la Gouvernance locale, Mahamat Abali Salah, était en visite dans la province du Wadi Fira. Il a eu des rencontres avec les responsables militaires et les chefs traditionnels de la province.

Le ministre et sa délégation se sont rendus à Tiné, localité située à la frontière tchado-soudanaise. Sur place, Mahamat Abali Salah a appelé les autorités locales à maintenir la vigilance sécuritaire et a procédé sans aucun cadre juridique à l’arrestation de plusieurs hommes « fauteurs de troubles », identifiés comme les auteurs de « publications subversives et portant atteinte à la cohésion nationale sur les réseaux sociaux ».

« Avec la IVème République, le pays a connu beaucoup de réformes (…). Les autorités ont pris des dispositions sécuritaires pour sécuriser le pays, la population et ses biens. Nous avons constaté que depuis quelques temps, nous avons des cas de personnes qui ont voulu être au dessus de la loi. Ces gens ont été arrêtés », a déclaré le ministre d’Idriss Déby.

Il faut rappeler que dans la localité de Tiné, il y a eu plusieurs manifestations des populations contre la saisie des véhicules des transporteurs. Des jeunes Zaghawa ont manifesté récemment pour revendiquer leurs véhicules 4×4 saisis par les autorités gouvernementales. Un groupe dénommé « Toyota ramassé » a réclamé le retour, dans les plus brefs délais, de 400 véhicules Toyota « confisqués »  par les autorités.

Il faut noter que Tiné était un bastion du régime et le dictateur Idriss Déby est d’ethnie Zaghawa.

Et il semble que les « fauteurs de troubles » arrêtés sont des jeunes lanceurs d’alerte sur les réseaux sociaux pour informer sur la situation à l’est. En Europe, les lanceurs d’alerte, qui font un signalement dans l’intérêt général permettant la prévention ou la révélation des failles et dysfonctionnements des Etats, économies, systèmes politiques et financiers sont protégés. Leur action a notamment permis des avancées considérables dans la lutte anti-corruption, au plan national ou européen.

Mais au Tchad, comme le despote tchadien n’a plus de craintes de rebelles à l’est après l’échec de l’attaque de l’UFR, il a décidé de mettre à genoux ses parents qui ont osé défier sur les réseaux sociaux son régime et sa calamiteuse gestion de l’Etat depuis près de trois décennies. Il a envoyé ce samedi, son ministre de la Sécurité publique et plusieurs unités de sa garde, DGSSIE, pour encercler Tiné.

Pour verrouiller encore davantage les médias locaux, la Haute autorité des médias et de l’audiovisuel (HAMA) a publié ce mardi 18 février un communiqué pour mettre en garde contre « la diffusion ou parution des propos offensants sur l’intervention des armées française et tchadienne contre les mercenaires et terroristes qui ont agressé notre pays, au début du mois de février 2019, à la frontière avec la Libye ». D’après la HAMA, l’alinéa 2 de l’article 9 de la Loi n° 31/PR/2018 du 3 décembre 2018 portant régime de la presse écrite et des médias électroniques au Tchad dispose que « seront punis de la même peine ceux qui, par l’un des moyens prévus à l’article 78 ci-dessus, auront fait l’apologie du terrorisme, du djihadisme, des crimes de guerre et des crimes ou délits de collaboration avec les terroristes, les forces ennemis, les djihadistes ou tout autre groupe qui cherche à s’attaquer à l’intégrité du territoire, à l’ordre publique, à la sécurité intérieure et extérieure ainsi que la cohésion nationale ».

Il faut rappeler que les réseaux sociaux et Internet sont censurés au Tchad depuis près d’un an.

TchadConvergence avec Alwihdainfos

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