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Tchad: le Collectif CODEF s’insurge contre l’arrestation de deux chefs de canton de Fada

Le Collectif pour la Défense de Fada (CODEF) s’insurge contre l’arrestation de deux chefs de canton de l’Ennedi suite à des conflits intercommunautaires dans la région du Ouaddaï.

Des affrontements ont éclaté entre des agriculteurs de la région de Tranou dans le Ouaddaï et des jeunes bergers lorsque trois troupeaux de dromadaires ont envahi les champs et brouté les feuilles des arbres, dans l’est du Tchad, selon des sources locales. Le bilan est d’un mort parmi les agriculteurs et un mort parmi les jeunes bergers. Lors de ces violences, plus de 300 dromadaires se sont échappés dans la nature et d’autres ont été saisis par les agriculteurs. Trois bergers ont été pris en otage et trois autres bergers mineurs pourchassés par les agriculteurs, se sont égarés pendant trois jours avant d’être retrouvés par leurs proches. Il a fallu l’intervention des chefs traditionnels et des autorités locales de la région pour obtenir la libération des trois bergers retenus par les agriculteurs.

Le jour de la fête de l’Aid El Fitr 2018, des groupes d’éleveurs originaires de plusieurs clans de la région de L’Ennedi ont attaqué les agriculteurs faisant 9 morts du côté des agriculteurs.

Suite à ces conflits, le Général Mahamat Abdallah Kebir, chef de canton du clan Haouda et M. Oumar Sidi Sougoumi, chef de canton du clan Mourdia ont été convoqués à Abéché par le ministre de l’administration du territoire, de la sécurité publique et de la gouvernance locale. Lors d’une réunion de médiation, Ahmat Mahamat Bachir, originaire de la région, aurait exigé aux deux chefs de canton de soit retrouver et ramener les auteurs des crimes, soit payer une « diya » de 14 personnes dont 4 personnes tuées lors d’un autre conflit antérieur. Comme les leaders tribaux ont refusé de faire le travail des forces de l’ordre et de la justice tchadienne, ils ont été arrêtés et détenus depuis le début de cette semaine à la brigade mobile d’Abéché.

Depuis quand on arrête des chefs de canton pour des actes commis par leurs administrés ?

Le forum sur les réformes institutionnelles a retenu dans ses recommandations que la « pratique de la Diya ne doit pas être généralisée et ne fait en aucun cas obstacle à l’action publique. Et la responsabilité pénale doit être individuelle et non collective ». Les articles 26 et 27 de la constitution du 4 mai 2018 sont clairs : « la peine est personnelle et nul ne peut être rendu responsable et poursuivi pour un fait non commis par lui. Les règles coutumières et traditionnelles relatives à la responsabilité pénale collective sont interdites en république du Tchad ». Alors pourquoi le ministre de la sécurité publique a-t-il suivi la même logique que les criminels et bafoué les lois de la république ?

Selon des sources concordantes, bien que des éleveurs d’autres clans de L’Ennedi ont participé à ces massacres, l’arrestation uniquement de Mahamat Abdallah Kebir et d’Oumar Sidi Sougoumi n’est pas le fruit du hasard. Ces deux leaders ont exprimé à plusieurs reprises à N’Djaména et dans leurs circonscriptions leur désapprobation au rattachement de Fada à Amdjarass. Récemment, Mahamat Abdallah Kebir s’est vivement opposé à l’envahissement des pâturages de la région de Torboul par des hommes venus de l’est avec des camions citernes.

Pourtant, nul n’ignore à quel clan appartiennent la majorité des criminels qui tuent partout au Tchad dans l’impunité la plus totale.

Tout en condamnant de la façon la plus absolue tous ces actes barbares, le Collectif pour la Défense de Fada (CODEF) exige la libération immédiate et sans conditions de ces deux chefs de canton qui ne sont en rien responsables de ces tueries.

Le CODEF recommande au gouvernement l’ouverture d’une enquête indépendante en vue de bien situer les responsabilités dans ces crimes ainsi que la dépolitisation de l’administration publique en vue de prévenir et de gérer équitablement les conflits communautaires.

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