Inquiétudes sur la liberté de la presse au Tchad: suspension de la Radio Oxygène après une lourde condamnation du journaliste Inoua Martin Doulguet

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(N’Djaména, 3 octobre 2019) – Au Tchad, la Radio Oxygène est suspendue d’émettre pour une durée de trois mois à compter du 2 octobre 2019 par la Haute Autorité des Media et de l’Audiovisuel (HAMA) pour « violation des dispositions du cahier de charges des radiodiffusions sonores privées commerciales ».

« Pendant cette durée, la direction de la Radio Oxygène est tenue de trouver des moyens adéquats pour répondre aux conditions techniques d’exploitation d’une radio », ordonne la HAMA.

En termes simples, la Radio Oxygène est suspendue d’émettre pour avoir changé de local, mais les vraies raisons sont ailleurs, selon le fondateur de la Radio Oxygène et des associations des droits de l’Homme.

Le fondateur de la Radio Oxygène, François Djékombé pense que le régime MPS a peur qu’il se « serve de la Radio Oxygène pour des fins politiques ». En effet, depuis le 27 août 2018, l’ancien journaliste de la BBC a créé l’Union Sacrée pour la République (USPR), parti politique d’opposition. « Le MPS, qui monopolise les médias d’Etat, empêche l’opposition d’y avoir accès (tous mes communiqués de presse et autres déclarations sont systématiquement censurés par la RNT et la Télé Tchad depuis le lancement du parti USPR », a dénoncé le fondateur de la Radio Oxygène’ très actif sur les réseaux sociaux.

Le Mouvement Citoyen pour la Préservation des Libertés (MCPL) condamne « la décision de la HAMA suspendant les programmes de la radio Oxygène pour trois mois ».

« En infligeant cette peine maximale à une radio privée, la HAMA scelle son sort pour sa fermeture définitive prochaine puisque le cas de radio Nada est révélateur. Il est d’autant plus regrettable que dans une démocratie pluraliste, on use de toutes sortes de manœuvres pour taire des voix discordantes. Fermer un organe de presse sans raison valable est un recul démocratique en ce sens que cette fameuse décision est simplement un abus de pouvoir du président de cette institution. Car, le motif est autant fallacieux que ridicule, tout sauf une décision responsable d’un organe régulateur des médias. C’est une preuve supplémentaire que la liberté de presse est en péril au Tchad depuis l’avènement de la 4ème république qui a accouché de nombreuses ordonnances liberticides dont celle N°025/PR/2018 du 28 juin 2018 portant régime de la presse écrite et médias électroniques au Tchad, ayant étendu les prérogatives de la HAMA, qui est plus qu’un « tribunal de la presse » au Tchad. La liberté de presse est en danger permanent », selon un communiqué du mouvement MCPL.

La Convention Tchadienne de Défense des Droits de l’Homme (CTDDH) est « extrêmement préoccupée par l’interdiction de trois mois infligée à Radio Oxygène par le HAMA ». « Une fois de plus, cette sinistre institution qui n’est rien d’autre que le bras armé du pouvoir et dont l’unique raison d’être est de sévir contre la presse privée indépendante a encore frappé. Cette interdiction entre donc en droite ligne dans la politique de muselage de la presse », conclut le communiqué de la CTDDH.

Cette suspension de la Radio Oxygène tombe quelques jours après la condamnation à trois ans de prison ferme du journaliste Inoua Martin Doulguet, directeur du journal « Salam Info ». Le tribunal de grande instance de N’Djamena l’a également condamné à payer 15 000 euros de dommages et intérêts à la plaignante et 3 000 euros d’amendes.

Cette peine est extrêmement sévère et disproportionnée, selon Arnaud Froger, de l’organisation de défense de la liberté de la presse, Reporters sans frontières (RSF). « Le journaliste a été placé en détention provisoire plusieurs semaines pour des faits de diffamation, explique-t-il. Il a ensuite été condamné à une peine extrêmement lourde. Tout a été fait au cours du procès pour faire en sorte que ce journaliste soit condamné à une peine extrêmement lourde, puisque les charges ont été changées». « Il apparaît, de toute évidence, qu’on a essayé de se débarrasser d’un directeur de publication qui, semble-t-il, était devenu gênant auprès de certains, notamment parce qu’il rapportait des faits de corruption parmi les hautes sphères du pouvoir tchadien, et que sa publication a, à plusieurs reprises, fait l’objet de sanctions. La sévérité de la peine atteste du fait qu’on a voulu le faire taire», poursuit Arnaud Froger.

TchadConvergence

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