Elections au Tchad: économisons les 70 milliards de FCFA pour lutter contre la malnutrition infantile et pour améliorer l’accès à l’eau potable

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Le lundi 8 juillet 2019, le président Idriss Déby a annoncé sur France24 que les élections législatives et communales, plusieurs fois repoussées depuis 2015, auront lieu « au mieux avant le mois de décembre, dans les pires des cas, en décembre 2019 ».

Selon le président Déby, l’organisation des élections législatives et communales nécessite 70 milliards de francs CFA, mais le pays ne dispose pas de ces fonds et attend l’aide des partenaires techniques et financiers du Tchad. Le budget de 33 milliards de FCFA voté par l’Assemblée nationale sur la loi de finance 2019 serait donc largement insuffisant pour organiser ces élections.

Mais pour des élections transparentes, il faut des préalables dont le respect des libertés individuelles et collectives, un gouvernement neutre, une administration publique neutre dirigée par des cadres compétents qui ont l’obligation de ne pas être proches de partis politiques, une instance indépendante d’organisation des élections, un assainissement du fichier électoral et une révision du code électoral.

Actuellement, l’observation des élections ne présente aucune utilité au Tchad car les conditions d’une vraie élection transparente sont loin d’être réunies dans notre pays.

Les libertés individuelles et collectives ne sont pas garanties au Tchad pour que les citoyens puissent s’organiser et s’exprimer. Les partis politiques et associations de la société civile sont systématiquement interdits de manifester au Tchad, même quand ils en font la demande. Le régime tchadien, qui invoque le risque sécuritaire lié au terrorisme, a été désavoué le 7 juin dernier par les États-Unis, un de ses principaux alliés dans ce domaine.

Le gouvernement, remanié le 30 juin dernier, est loin d’être un gouvernement d’union nationale pour aller vers des législatives et communales transparentes. Tous les gouverneurs, préfets, sous-préfets, … au Tchad, dont la plupart sans aucune formation juridique, sont nommés sur une base partisane ou clanique pour défendre le pouvoir d’Idriss Déby. Toutes les institutions politiques sont entre les mains du Mouvement Patriotique du Salut (MPS), parti au pouvoir, et ses alliés. Lors des présidentielles de 2016, des membres de la Cour constitutionnelle ont battu campagne dans leurs régions pour la cinquième candidature d’Idriss Déby.

Le fichier électoral vieux de plus 4 ans n’a pas encore été mis à jour. Très impopulaire auprès des jeunes qui représentent les deux tiers de la population et dont un sur deux est au chômage, le régime d’Idriss Déby préfère garder l’ancien fichier et l’ancien système déjà rodé pour d’éventuelles fraudes.

Personne ne croit à un changement par les urnes au Tchad sous le joug du régime totalitaire d’Idriss Déby qui « n’est pas venu au pouvoir par un billet d’Air Afrique », selon ses propres termes. En 29 ans de pouvoir sans partage, Monsieur Déby a verrouillé tout le processus démocratique au Tchad. Ainsi, depuis 1996, date des premières législatives, quelles que soient les consultations électorales, le MPS détient en permanence la majorité absolue à tel point qu’on se demande à quoi servent les élections au Tchad. Même avec la biométrie, les présidentielles du 10 avril 2016 furent une mascarade électorale très contestée par l’opposition et la société civile, un scrutin pour rien.

Dans ce cas, pourquoi ne pas laisser le système faire une autoreproduction avec des figures que lui-même aura choisies, et économiser les 70 milliards pour lutter contre le sous-développement de notre pays ?
Laissons alors Monsieur Déby et ses complices choisir leurs députés godillots et leurs maires corrompus et désigner ceux de l’opposition sans organiser aucune mascarade inutile et très coûteuse. Et mobilisons ces 70 milliards pour lutter contre la malnutrition qui concerne un enfant sur cinq au Tchad et pour améliorer l’accès à l’eau potable. A N’Djamena, capitale du Tchad, le taux de malnutrition infantile frôle les 5%, largement supérieur au seuil d’urgence fixé à 2%. Selon l’Unicef, au Tchad, 6 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable et 2 millions ont un accès limité à l’eau essentiellement dans les régions de l’est et du nord-est de notre pays. Les premières victimes de cette situation sont les enfants et les femmes.

Voila, pourquoi nous disons qu’il ne faut pas donner de l’argent au Tchad sans procédures à fortes conditionnalités démocratiques et qu’il ne faut pas non plus gaspiller les maigres ressources de notre pays pour organiser des élections dont les issues sont connues d’avance et qui permettront à terme de légitimer une dictature implacable.

Dr Moussa Pascal Sougui
Secrétaire général du Conseil National de la Résistance pour la Démocratie (CNRD)

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