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Dr Sitack Yombatina Béni: « C’est très grave de détourner une fête nationale qui concerne tous les Tchadiens, pour un folklore politico-religieux »

Depuis 2011, le Tchad organise chaque 28 novembre une Journée nationale de prière pour la Paix, la Cohabitation pacifique et la Concorde nationale, impliquant l’Etat et les confessions religieuses. Pourtant cette date marque la commémoration de la proclamation de la République du Tchad.  Dans les quartiers, cette initiative suscite des débats.

Initiée par la plateforme interconfessionnelle réunissant l’Eglise Catholique, l’Entente des Eglises et Missions évangéliques au Tchad (EEMET) et le Conseil supérieur des Affaires islamiques (CSAI), la journée nationale de prière pour la Paix, la Cohabitation pacifique et la Concorde nationale a été instituée par décret 1341  du 17 novembre 2011.  Elle est célébrée chaque 28 novembre en lieu et place de la commémoration de la proclamation de la République du Tchad.  Son objectif,  priez pour la paix au Tchad.

Dans les lieux de services et quartiers, les débats y relatifs sont animés, vu le contexte dans lequel le pays se trouve depuis quelques années. Pour Dr Sitack Yombatina Béni, juriste-politologue et pasteur, « cette journée nationale de prière n‘est qu’une pure diversion ».

Une initiative qui remet en cause le principe de la laïcité
Le Tchad est un pays pluridimensionnel où se trouvent les musulmans, les chrétiens, les protestants et les non-croyants. Selon l’article premier de la constitution de la République, « Le Tchad est une République souveraine, indépendante, laïque, sociale, une et indivisible, fondée sur les principes de la démocratie, le règne de la loi et de la justice ». Ce qui laisse présager que l’Etat ne doit pas s’impliquer dans la religion. Mais en organisant cette journée de prière depuis 9 ans, est-ce-que ce principe de la laïcité est toujours respecté ?

A comprendre Dr Sitack, cette initiative n’est pas bien réfléchie. «Transformer une fête nationale ou républicaine en une journée de prière est une initiative cacophonique », martèle-t-il. La Constitution de la République du Tchad reconnait une séparation entre la religion et l’Etat. « La fête de la République c’est la fête de l’Etat, donc de tous les citoyens du pays. Qu’ils soient croyants ou païens », affirme-il avant d’ajouter : « c’est très grave de transformer une fête nationale qui concerne tous les tchadiens en un folklore politico-religieux.»

Le juriste-politologue pense que l’instauration de cette journée nationale de prière serait un danger à l’unité nationale tant recherchée dans ce pays. « On ne peut pas continuer à dire que le pays est laïc alors que de l’autre côté on se met à transformer les fêtes à connotation républicaine en des célébrations confessionnelles », souligne Dr Sitack.

Les leaders religieux se perdent-ils dans leur rôle ?
« L’église, son travail, c’est de prier et prier tous les jours. On n’a pas besoin de décréter un jour spécial pour la prière », affirme Dr Sitack.

Au fond, ce n’est pas l’action de prier qui suscite les débats dans le milieu tchadien. Toute évidence, c’est l’association sinon l’implication des hommes de Dieu dans les jeux politiques qui fait monter les adrénalines. « L’église, ce n’est pas un folklore, ce n’est pas une démagogie, ce n’est pas une distraction, l’église ce n’est pas du business », fait-il remarquer. « Des telles prières sont des abominations… ils peuvent se mettre ensemble et faire des propositions et envoyer aux Présidents de la République.» Les problèmes des Tchadiens sont visibles et nécessitent des solutions concrètes.

Source: Tchadinfos

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