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Au Tchad, l’accord de paix signé à Miski vole en éclats: s’achemine-t-on vers une reprise de la guerre de l’or ?

Le Président Idriss Déby a fait, ce lundi 2 mars, un aller-retour à Yebbi-bou, chef lieu du département d’Emi-Koussi, bourgade située dans la région aurifère de Miski, à plus de 500 km au nord de Faya-Largeau.

Il était accompagné de quelques membres du gouvernement notamment le ministre délégué à la Présidence, chargé de la défense nationale, de la Sécurité, des Anciens Combattants et Victimes de guerre, du ministre de l’Administration du territoire et de celui des Finances et du Budget ainsi que du gouverneur de la province du Borkou, mais aussi de l’ancien Président Goukouni Weddeye et du conseiller à la Défense nationale, le Général Mahamat Yaya Oki Dagache.

Selon le Palais rose, le Président Idriss Déby est venu à Yebbi-Bou « pour évoquer les avancées mais aussi pour élucider les zones d’ombre » dans l’accord de paix signé le 11 novembre 2019 entre ses émissaires et les insurgés de Miski.

Sur place à Yebbi-Bou, le Président tchadien a rencontré les leaders traditionnels, les représentants des insurgés de Miski et des groupements des femmes de la localité.

En recevant les six chefs traditionnels de l’Emi-Koussi, Idriss Déby a évoqué la question de la sécurité dans la région, le découpage administratif du département et l’indemnisation des victimes de la guerre de l’or à Miski.

« L’école de la localité est fermée depuis 2016. Vos enfants ne la fréquentent pas », a rappelé le Président Déby. Cela est la conséquence directe de l’insécurité et du désordre qui sévissent dans cette partie du pays. « Depuis l’avènement de l’or ici, la région est confrontée à nombre de problèmes notamment sécuritaire. Le désordre s’est installé. Je suis revenu pour trouver ensemble les solutions », a-t-il poursuivi.

Concernant la question d’indemnisation des victimes de Miski, le Président Idriss Déby aurait tenté, séance tenante, de faire endosser aux chefs de canton de Miski l’acquittement d’une « Dia » (prix du sang) des soldats tombés lors des combats contre les villageois de la zone aurifère de Miski. En contrepartie, il s’est engagé à payer pour les civils morts à Miski et pour les dégâts matériels. Face à une vive réaction des notables, Idriss Déby temporise et fait quelques promesses bidons comme d’habitude, notamment la construction des écoles à Yebbi-Bou et à Miski, un centre de santé moderne comprenant une maternité, des forages d’eau, un marché et des bâtiments administratifs en sus de la construction des camps de la gendarmerie et de la police. La route entre Faya-Largeau et Miski sera remise à niveau. « Je suis prêt à vous aider mais vous devez d’abord vous aider vous-même« , a conclu le dictateur tchadien.

Concernant le découpage administratif, Idriss Déby a été très clair à Yebbi-Bou. Le département de l’Emi-Koussi restera rattaché à la province du Borkou contrairement à la promesse tenue lors des discussions dans le cadre de l’accord de paix. Il n’y aura pas de retour dans la province du Tibesti du département de l’Emi-Koussi, créé par l’ordonnance n° 038/PR/2018 du 10 août 2018 portant création des unités administratives et des collectivités autonomes.

Une délégation du Comité d’autodéfense de Miski conduite par Ahmat Kokimi et Issa Youssoumami a été reçue le 30 octobre 2019 par le Président Déby au Palais rose à N’Djaména.

Pourtant, lors d’une audience accordée le 30 octobre à N’Djaména à une délégation du Comité d’autodéfense de Miski, parmi les conditions posées par la délégation figuraient notamment l’abrogation de l’ordonnance sur le nouveau découpage territorial et la suspension des permis d’exploitation minière dans la zone aurifère de Miski, ainsi que la libération de plusieurs prisonniers. On dit que les promesses non tenues sont les plus belles. La duperie et la manipulation sont les côtés obscurs de la politique. Au Tchad, le Général cinq étoiles est connu pour être champion toutes catégories confondues dans ce domaine. 

Idriss Déby a été aussi très clair concernant l’exploitation de l’or. « Je ne veux pas entendre des orpailleurs par ici. Depuis longtemps, l’or est exploité de manière artisanale. Cela doit cesser. L’or de Miski appartient à tous les tchadiens. Nous allons réorganiser le secteur. Un comité de gestion sera créé et bénéficiera de ces 5% comme ailleurs », a-t-il précisé quatre mois après la signature de l’accord de paix.    

Il faut rappeler que les habitants de Miski, une commune de 2 400 habitants dans le département d’Emi-Koussi, qui soupçonnent le pouvoir de vouloir faire main basse sur les gisements aurifères de la région s’opposent à leur exploitation depuis août 2018. A leurs yeux, cela se fait hors de tout cadre légal et réglementaire de l’Etat, et serait au seul profit « du clan d’Idriss Déby ». Ainsi, durant plus d’une année, des affrontements ont opposé l’armée tchadienne à des groupes d’autodéfense de Miski. Toute la localité a été soumise à un blocus de la part des forces armées tchadiennes avant qu’un accord de paix ne soit signé le 11 novembre 2019.

En réaction à ces précisions du Président Déby sur les « zones d’ombre » de l’accord de paix, un leader militaire des insurgés de Miski, Togoï Oyia Toké a lancé un appel au nom du Comité d’autodéfense de Miski en vue de tenir une réunion extraordinaire le 4 avril 2020. « Nous avons été dupés par le Président Déby, l’accord de paix est désormais caduc, nous allons nous réunir afin de reprendre ce que nous savons faire », a-t-il précisé dans un audio publié sur le réseau WhatsApp.

En rencontrant les groupements féminins de Yebbi-Bou, le Président Déby a conseillé d’envoyer les enfants à l’école, surtout les filles.

De retour à Faya-Largeau, le Président Déby a reçu, lundi soir, les autorités traditionnelles, civiles et militaires de la province du Borkou.

« Il est difficile de poser des actes de développement dans la région qui ne bénéficie que très rarement des investissement du fait des troubles et autres conflits qui l’ont émaillé», a-t-il tenté de justifier son désintéressement total de la région du Borkou-Ennedi-Tibesti (B.E.T) durant les 30 années de son pouvoir.

Ensuite, en recevant les délégués des différents départements ministériels et les autorités administratives basés à Faya-Largeau, Idriss Déby a mis le doigt sur la mauvaise gestion et le laisser-aller. « Certains tchadiens qui ont de postes de responsabilité travaillent comme des coopérants. Un coopérant est celui-là qui ne se préoccupe point du devenir du pays, il prend son salaire et s’efface sans répondre à l’exigence des résultats », a-t-il expliqué. 

Et enfin, en recevant les responsables des forces de défense et de sécurité en poste dans le Borkou qui sont venus à sa rencontre, Idriss Déby n’a pas mâché ses mots. « Etre dans l’armée est un sacerdoce. On n’entre pas dans l’armée pour s’enrichir mais pour servir le pays et le peuple ». « Vous êtes à l’origine de certaines situations. Que cela s’arrête. Prenez vos responsabilité ou je prends les miennes », a menacé le Chef suprême des armées du Tchad.

Quelques jours avant son déplacement dans le nord du pays, le Président Déby a inauguré au village Ngara, situé à 7 km au sud de la ville de Moundou, le nouveau Complexe Industriel des Abattoirs du Logone.

A Moundou, Idriss Déby a aussi visité, samedi dernier, la Coton Tchad Société Nouvelle et a annoncé une subvention de 3,240 milliards de F CFA pour les intrants au profit des paysans. Un chèque d’un montant de 500 millions de Francs CFA a été remis à la jeunesse. L’argent est destiné à financer des projets de jeunes dans le domaine de l’élevage et de l’agriculture. 

Avant ce déplacement dans la province du Logone occidental, le Président Déby est allé à Laï dans la province de la Tandjilé pour procéder au lancement du programme d’appui au développement local et à la finance inclusive au Tchad (PADLIFT).

Après la Tandjilé, Idriss Déby est allé dans le Mayo-Kebbi Est pour poser la première pierre de la construction d’un pont pour relier la ville de Bongor à la ville camerounaise de Yagoua. 

Mais à Bongor, lors de la visite, une très grande banderole a été déployée pour prévenir le Président que « Banana loutti koura tinen mafi » (Les populations du Mayo Kebbi ne seront pas dupées deux fois).

Dans le Mayo-Kebbi et partout dans le sud, les populations ne sont pas dupes et savent parfaitement que le Président Idriss Déby est en campagne dans le sud du pays pour les élections législatives de décembre 2020 et présidentielle d’avril 2021. Il est venu lancer des projets de développement et distribuer de l’argent public pour faire gagner son parti, le MPS, lors des prochaines élections.

Dans le septentrion, Idriss Déby n’a pas eu besoin de lancer des pseudo projets de développement, ni de dépenser de l’argent et d’ailleurs, il n’a même pas besoin d’y faire une campagne électorale. Que les habitants de quatre provinces du nord, le Borkou, les deux Ennedi et le Tibesti veulent ou pas, ils voteront à 100% pour Idriss Déby et pour le MPS comme d’habitude. C’est aussi pour cela que toute la région du B.E.T (à l’exception de la ville d’Am-Djaress, fief du Président Déby) a été mise en coupe réglée depuis plus de trois décennies et gardée délibérément comme zone militaire totalement sinistrée économiquement, pas d’écoles, pas de services sanitaires, pas un millimètre de route bitumée, et avec un exode massif des jeunes vers la Libye pour des activités d’orpaillage et de contrebande.

Ainsi, les 25 sièges attribués à la région du B.E.T pour la prochaine législature sont déjà dans la poche du MPS. L’homme qui tient notre pays d’une main de fer depuis plus de 30 ans ne tolère pas qu’il en soit autrement.

TchadConvergence

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