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Au Tchad, des manœuvres autour du « dialogue national inclusif » pour consolider et perpétuer l’ancien régime

Le dialogue politique est évidemment essentiel pour sortir de la crise actuelle au Tchad. Mais dans son format actuel, il semble, à bien des égards, une instance de manipulation de l’opinion nationale et internationale permettant ainsi à l’ancien régime du MPS de reprendre son souffle pour se perpétuer après trois décennies de dictature implacable. Pour s’en convaincre, il suffit d’analyser les différentes étapes de la mise en place de ce processus de dialogue depuis son instauration.

Le 11 août, à l’occasion du 61e anniversaire de l’accession à l’indépendance du Tchad, quatre mois après sa prise du pouvoir suite à la mort de son père, le Général Mahamat Idriss Déby a reconsidéré sa position en annonçant l’ouverture du dialogue national inclusif aux groupes politico-militaires. Il s’était initialement montrée opposée à toute médiation et négociation avec les rebelles du Front pour l’Alternance et la Concorde au Tchad (FACT) qu’il qualifie de « hors-la-loi ». « Le dialogue franc et sincère appelé de tous nos vœux sera ouvert, de manière spécifique, aux mouvements politico-militaires », avait-il annoncé, précisant que le comité d’organisation devra en « définir les modalités pratiques et opérationnelles ».

Ce vendredi 13 août, le Premier Ministre a nommé un Comité de 69 membres chargé de l’organisation du dialogue national inclusif. Selon plusieurs observateurs, ce comité chargé de la préparation du futur dialogue est composé essentiellement de dignitaires de l’ancien régime et leurs complices qui sont actuellement dans le gouvernement et membres des partis alliés du MPS du défunt président Idriss Déby.

Bien que Wakit Tama, une plateforme constituée de plusieurs organisations de la société civile, ait appelé au dialogue national inclusif depuis sa fondation, ils viennent de changer de ton.

« Nous ne sommes pas partie prenante de ce dialogue qui n’en est pas un » (Wakit Tama)

« Wakit Tama a très clairement demandé l’annulation, sinon la révision de la charte nationale, ce qui correspond aussi à la vision de l’Union Africaine. Nous avons demandé que les deux décrets instituant le Comité préparatoire du dialogue soient annulés et en même temps que le décret instituant le CNT aussi soit annulé. Il n’en est pas question. Aujourd’hui, on vous présente un arrêté qui accorde quatre places au CNT qui n’existe pas encore. Mais c’est de la supercherie !« , a déclaré Max Loalngar, président de Wakit Tama à RFI.

Quelle est l’utilité d’un dialogue national organisé avec autant d’entités politiques exclues ?

Les sièges pour l’Union des Syndicats du Tchad (UST) ou encore pour la Ligue Tchadienne des Droits de l’Homme (LTDH), réservés au sein du Comité d’organisation du dialogue inclusif, sont restés vides. Les trois sièges réservés à la Diaspora sont aussi restés vides et aucun siège n’a été attribué à l’opposition politico-militaire.

« Lorsque tu parles, tu ne fais que répéter ce que tu sais déjà. Mais si tu écoutes, tu pourras sûrement apprendre  quelque chose de nouveau » ( Dalaï Lama).

Tout porte à croire qu’on cherche à empêcher une mise en cause de l’ancien régime du MPS lors de ce dialogue national inclusif censé trouver des solutions aux maux qui minent la société tchadienne et aboutir à des réformes institutionnelles et constitutionnelles. Aucun regard ne semble être possible lors de ce dialogue sur les biens mal acquis durant les trente ans du régime de Déby père, encore moins sur les multiples et graves violations des Droits de l’Homme. À quoi servira donc le futur dialogue national inclusif si ce n’est de rassurer les soutiens occidentaux de la junte militaire au pouvoir au Tchad et de partager l’argent des bailleurs de fonds entre les milliardaires qui avaient déjà pillé les caisses de l’Etat ?

Parmi les membres nommés pour ce Comité, l’ancien opposant Saleh Kebzabo, président de l’UNDR. D’après lui, la tenue de ce dialogue doit rassurer ceux qui doutent de la durée de la transition, qui, selon l’engagement du Conseil Militaire de Transition (CMT), ne doit pas excéder dix-huit mois.

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