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Arrestations arbitraires, disparitions forcées et tortures au Tchad: Amnesty dénonce l’accentuation de la répression

Au Tchad, un silence pesant sur le sort du journaliste et chanteur Mahydine Mahamat Babouri, enlevé le 30 septembre 2016, en pleine rue, à N’Djamena, par des «hommes enturbannés». On lui reprocherait d’avoir posté une vidéo sur les réseaux sociaux critiquant la gestion familiale de la chose publique par le Président Idriss Déby et l’implication de la Première Dame dans les affaires de l’État.
(N’Djaména, 14 septembre 2017) – Alors qu’Idriss Déby Itno vient de se voir conforté par les promesses d’aide des bailleurs de fonds étrangers, Amnesty International dresse un nouveau bilan sévère de la situation des droits humains au Tchad.

Dans le rapport d’une cinquantaine de pages, présenté jeudi 14 septembre à N’Djamena, l’ONG déplore une dégradation notable à partir de 2015 puis avec la réélection contestée de M. Déby pour un cinquième mandat, en avril 2016. Les entraves aux libertés d’expression, de manifestation et de réunion sont, selon elle, devenues le lot commun de tous ceux qui veulent critiquer un régime fragilisé par la grave crise économique que traverse le pays depuis l’effondrement des cours du pétrole. En février, les élections législatives ont été reportées sine die. Le gouvernement a invoqué le manque d’argent pour les organiser.

Le rapport, intitulé «Entre récession et répression, le coût élevé de la dissidence au Tchad», s’appuie sur des témoignages d’opposants, de syndicalistes et de journalistes qui ont bien souvent eu à faire à l’Agence nationale de sécurité (ANS) qui a remplacé la sinistre Direction de la documentation et de la sécurité (DDS) de Hissein Habré, le prédécesseur de M. Déby, condamné à la prison à vie par les Chambres extraordinaires africaines en avril pour «crimes contre l’humanité».

«L’ANS possède finalement un mandat et des pouvoirs du même ordre [que la DDS] et a reproduit certaines pratiques obscures du passé, notamment les arrestations arbitraires, la détention au secret dans des lieux non officiels et la torture», écrit Amnesty International, qui rappelle qu’en arrivant au pouvoir en 1990 M. Déby s’était pourtant engagé à mettre en place «une démocratie réelle, pluraliste, garantissant toutes les libertés individuelles».

Maintenus au secret et torturés
Les auteurs du rapport listent les principaux moyens dont use le pouvoir pour étouffer la contestation. Premièrement, l’interdiction des manifestations. « Les autorités ont eu recours à un arsenal archaïque de textes législatifs et réglementaires datant des années 1960 pour exiger une autorisation avant tout rassemblement public, puis pour refuser de l’accorder. » En deux ans, 65 associations se sont vu refuser l’autorisation d’organiser des manifestations, selon le rapport.

Deuxièmement, l’arrestation de leaders militants et leur traduction devant la justice pour «trouble à l’ordre public» ou «atteinte à l’autorité de l’Etat». Parmi les exemples cités, celui des responsables du mouvement Lyina («Nous sommes fatigués», en arabe) arrêtés pour avoir appelé à observer une «journée Lyina» le 10 avril, date anniversaire de la réélection de M. Déby. Le port d’un vêtement rouge devait être l’expression du mécontentement.

Nadjo Kaïna Palmer et Bertrand Solloh Gandere ont été maintenus au secret dans les locaux de l’ANS respectivement durant seize et huit jours sans pouvoir contacter leur famille ni leur avocat, rapporte l’ONG. Les deux hommes, qui ont finalement été condamnés à six mois de prison avec sursis pour «tentative de complot et d’organisation d’un rassemblement non autorisé», affirment avoir été torturés.

Enfin, Amnesty International mentionne la restriction du droit de grève, la fermeture de l’accès à certains réseaux sociaux et le refus d’accorder à certaines associations un statut juridique qui leur permette d’avoir une existence légale. Le Mouvement d’éveil citoyen (MECI), qui vise à rassembler des syndicats, des organisations de la société civile et des partis politiques, se voit jusqu’à présent dénier le droit d’exister. Les autorités « ont dit que le MECI est un regroupement dangereux et contre-nature », explique Dobian Assingar, le porte-parole du mouvement : «Depuis l’élection présidentielle, mainmise est faite sur la société civile et même sur les partis d’opposition».

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