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Comment le Président Idriss Déby a réussi à faire oublier son coup d’État institutionnel au Tchad

(N’Djaména, 17 mais 2018) – Le chef de file de l’opposition tchadienne, le député Saleh Kebzabo, a été reçu ce mercredi 16 mai par le Président Idriss Déby au Palais rose.

Le mardi 8 mai, quelques heures après avoir promulgué la nouvelle constitution du pays et nommer son nouveau gouvernement, le Président Idriss Déby a rencontré ses opposants et plusieurs membres de la majorité présidentielle. Cette relance rapide du dialogue par le despote tchadien est une pression lancée plus tôt le samedi 5 mai par l’Union Européenne (UE). La Porte-parole du service diplomatique Maja Kocijancic avait déclaré que l’UE estimait que « le processus menant à l’adoption de la constitution n’a pas été mené de façon suffisamment inclusive, comme requis par une démarche aussi fondamentale ».

Depuis cette déclaration du Porte-parole de l’UE, Idriss Déby marche droit dans ses bottes.

Hop, un coup de baguette magique, tous ses opposants politiques ont oublié le Forum dit « national et inclusif », le découpage administratif, son « coup d’État institutionnel » et le serment confessionnel du gouvernement. Et au premier coup de sifflet, tous les leaders des partis politiques qui avaient boycotté le forum se bousculent pour entrer au Palais rose. Ceux-là même qui avaient considéré la IVe république comme « nulle et de nul effet » étaient présents et au premier rang. Et comme des animaux affamés, ils se sont déchirés pour faire partie des membres du Cadre National du Dialogue Politique (CNDP). « On a les hommes politiques que l’on mérite », dit le philosophe français André Comte-Sponville.

Ça y est donc, Idriss Déby est heureux car tout le monde est maintenant dans la IVe république ! C’est fût l’extase pour l’homme qui tient notre pays d’une main de fer depuis 28 ans, ce mardi 15 mai, quand Saleh Kebzabo a été désavoué publiquement par certains membres de l’opposition. Il a été accusé par certains partis politiques de l’opposition de les avoir écartés de la liste des membres qui devraient faire partie du CNDP.

Interrogé à sa sortie d’audience, Kebzabo a déclaré avoir lui-même demandé cette rencontre en tant que chef de l’opposition. « Il y a quelques jours, j’ai introduit une demande d’audience. La réponse m’a été immédiatement donnée. Nous avons abordé beaucoup de problèmes. Mais, je vous dis déjà que le forum et la constitution n’ont pas été l’objet de nos discussions », a dit Kebzabo.

Eh oui ! Inutile de préciser car tout le monde au Tchad sait que Kebzabo n’est intéressé que par les futures élections législatives.

Il a ajouté avoir convenu avec le président Déby qu’une « démocratie apaisée est l’une des solutions pour notre pays ». « Chaque acteur joue son rôle. Nous nous sommes bien compris sur un certain nombre de choses. La vérité a été dite. Ne pensez pas qu’on l’a occultée, que le président m’a caressé dans le sens du poil et que j’ai fait de même. Nous nous sommes dits des vérités en face et je pense que c’était utile pour l’avenir du pays », a poursuivi le président de l’UNDR. Comme dit l’adage, « celui qui se sent morveux, se mouche », Kebzabo a bien peur qu’on l’accuse d’avoir caressé le despote dans le sens du poil pour pouvoir conserver ses privilèges de chef de file de l’opposition et assurer son mandat de député dan la future législature.

Les discussions ont duré plus de deux heures. Elles ont été « franches, cordiales, directes et sans intermédiaires », selon la Présidence.

La dernière rencontre entre Idriss Déby et Saleh Kebzabo, président de l’Union nationale pour la démocratie et le renouveau (UNDR), remontait à mars 2012 à Léré dans le Mayo-Kebbi Ouest, selon la Présidence du Tchad.

TchadConvergence

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