Permis de tuer donné aux forces de l’ordre par le Président Déby au Tchad: le rappel à l’ordre des Etats-Unis

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Dans un communiqué publié ce vendredi 23 août 2019 à N’Djaména, l’Ambassade des États-Unis d’Amérique au Tchad a appelé à « un règlement pacifique des conflits au Tchad ».

« L’Ambassade des États-Unis au Tchad s’est engagée à promouvoir la stabilité, la sécurité et le respect de la dignité de toutes les personnes. A la suite de la récente déclaration du Gouvernement de la République du Tchad annonçant l’état d’urgence dans les provinces de Ouaddaï, Sila et Tibesti, l’Ambassade saisit cette occasion pour exhorter toutes les personnes au Tchad à rechercher des moyens pacifiques pour régler les conflits et à respecter l’état de droit », a conclu le communiqué.

Manifestation anti américaine à N’Djaména en novembre 2017.

Ce communiqué de l’ambassade américaine tombe quelques jours après le « permis de tuer » délivré par le Président Idriss Déby aux forces de l’ordre face à la recrudescence des conflits intercommunautaires au Tchad. « S’il y a encore des conflits entre Arabes et Ouaddaïens […] vous en tuez dix de chaque côté afin de sauver la majorité. Vous avez l’autorisation », a lancé le Président Déby aux autorités locales lors d’un déplacement dimanche dernier à Goz Beida dans le Sila, où le déploiement de « forces militaires qui vont assurer la sécurité de la population dans la zone » a été annoncé. « Dès que je quitte la province de Sila, il faut désarmer tous les civils de la zone qui ont des armes entre les mains », a-t-il ordonné. Outre la saisie des armes et la présence de forces militaires, le despote tchadien a aussi ordonné l’interdiction de circuler à moto dans les deux régions de l’Est.

La Convention tchadienne de défense des droits humains (CTDDH) a aussitôt condamné dans un communiqué les consignes du président, se disant « scandalisée par l’appel au massacre des civils ». L’ONG « exige l’arrêt immédiat de ces exactions et estime que la responsabilité du génocide qui se prépare incombera au Président Déby ».

Pour l’opposition, c’est à un « génocide » que le pouvoir risque de soumettre les populations. « Ça va être le carnage »s’inquiète Dr Mahamat Ahmat Alhabo, secrétaire général du Parti pour les libertés et la démocratie dans une déclaration à RFI. Il craint que l’affaire ne vire à « des règlements de compte ». « On va poursuivre les gens pour un oui ou pour un non, et ils seront abattus comme du gibier », redoute-t-il.

« Nous appelons le Président Déby à retirer immédiatement le permis de tuer délivré aux forces de l’ordre en cas de conflit intercommunautaire », a déclaré Dr Moussa Pascal Sougui, Secrétaire général du Conseil National de la Résistance pour la Démocratie (CNRD) dans un communiqué parvenu à TchadConvergence.

Quant aux associations locales de la société civile, elles craignent que les économies locales ne soient étouffées par les mesures prises dans le cadre de l’état d’urgence.

TchadConvergence

4 thoughts on “Permis de tuer donné aux forces de l’ordre par le Président Déby au Tchad: le rappel à l’ordre des Etats-Unis

  1. Ça va dans le même sens cette réaction que beaucoup des personnalités politiques opposantes et les défenseurs des droits de l’homme qui ont critiqué.Connaissant la brutalité de nos soldats,le pire n’est pas à exclure.Ces différentes réactions sont des pensées venant de plusieurs personnes contre la réflexion d’une seule personne!

  2. Même en droit, la constitution n’a jamais conféré un quelconque pouvoir au président de la République d’ordonner dans quelques circonstances que ce soit les forces de l’ordre et de sécurité de tuer des belligérants. C’est « anti droit » si je peux me permettre d’appeler ainsi ceci.

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