Frappes aériennes françaises au Tchad: le CNRD condamne « une violation grave du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes »

                                    COMMUNIQUÉ RELATIF À L’INTERVENTION MILITAIRE DE LA FRANCE AU TCHAD

Suite aux frappes aériennes françaises contre une colonne de pick-up de l’opposition politico-militaire tchadienne ayant fait plusieurs dizaines de morts et blessés dans l’Ennedi, le Conseil National de la Résistance pour la Démocratie (CNRD-TCHAD) condamne une violation grave du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, droit reconnu par l’ONU et l’Union Africaine. Le droit à l’autodétermination a été introduit en droit international avec la Charte des Nations Unies en 1951, selon lequel chaque peuple dispose d’un choix libre et souverain de déterminer la forme de son régime politique, indépendamment de toute influence étrangère.

Plus de 58 ans après son indépendance, le Tchad est plongé dans une crise politique, économique et sociale sans précédent et sans qu’aucune perspective ne se profile à l’horizon. Les causes profondes de cette crise sont clairement identifiées et connues de tous :

  • 28 ans de confiscation du pouvoir par le président Idriss Déby ;
  • Mal gouvernance endémique, menée par une oligarchie militaro-ethnique, incompétente et corrompue ;
  • Pillage systématique des ressources et surendettement généralisé du Tchad ;
  • Monopolisation de toute l’économie du pays par une petite minorité, des proches du régime immensément enrichis au détriment de la population spoliée, appauvrie, vivant dans la misère la plus totale ;
  • Armée clanique au service du président Déby qui procède à des bombardements de villages et au minage de routes pour assiéger des populations civiles qui refusent le vol de leurs richesses minières ;
  • Administration publique ethnicisée et truffée des fonctionnaires aux faux diplômes qui ne respectent que l’hiérarchie clanique;
  • Justice aux ordres du pouvoir et  totalement impuissante face à la montée des violences;
  • Insécurité entretenue pour terroriser les voix discordantes et impunité totale ;
  • Restriction excessive des libertés fondamentales, intimidations, disparitions forcées, arrestations arbitraires et tortures des défenseurs des droits de l’Homme.

Et comme si tout cela ne suffisait pas pour perpétuer son pouvoir, Idriss Déby a instauré, le 4 mai 2018, un régime présidentiel intégral. Ainsi, sans premier ministre, sans Conseil constitutionnel, sans Cour des comptes, débarrassé de tous les contre-pouvoirs républicains par le biais d’une vingtaine d’ordonnances liberticides signées en l’espace de deux mois, il dirige une nouvelle IVe république verrouillée par et pour lui jusqu’au moins 2033 !

La situation sécuritaire s’est considérablement dégradée depuis lors dans les quatre coins du Tchad. Les affrontements intercommunautaires deviennent récurrents et de plus en plus meurtriers.

La situation actuelle dans notre pays est telle que le vivre ensemble entre les tchadiens est mis à mal par un système qui dresse les citoyens, les uns contre les autres, dans une stratégie de « diviser pour mieux régner ». Le régime a instauré délibérément une méfiance entre Tchadiens de sorte que l’on pourrait s’attendre à un embrasement d’un moment à l’autre.

Le ras-le-bol du système instauré par le MPS, parti au pouvoir, est tel qu’aucune voix sérieuse ne s’est levée au Tchad pour condamner l’attaque de rebelles et la tentative de prise du pouvoir par la force. Bien au contraire, de l’opposition politique à la société civile, les Tchadiens ont unanimement condamné l’ingérence française pour sauver une fois encore un dictateur honni par son peuple. Même si, nous autres démocrates, croyons encore à un changement démocratique et pacifique du pouvoir au Tchad, pour l’écrasante majorité de tchadiens, la lutte armée est la seule voie de salut pour le pays et l’unique moyen pour mettre un terme à la féroce dictature qui sévit dans notre pays depuis près de trois décennies.

Les relations entre la France et le Tchad, forgées par l’histoire commune et une amitié qui ne s’est jamais fragilisée au fil du temps, ne doivent pas dépendre du sort d’Idriss Déby. L’Exécutif français doit absolument rompre avec l’influence du lobby militaro-africaniste pour amorcer une vraie relation politique avec le Tchad dans l’intérêt mutuel des deux peuples. Le président Emmanuel Macron ferait mieux d’utiliser son influence pour faire pression sur l’autocrate tchadien afin de trouver les voies et moyens de sortie de crise.

Depuis 2012, tous les leaders de l’opposition politique, politico-militaire et de la société civile prônent unanimement un dialogue inter-tchadien inclusif, constructif, franc et sincère pouvant conduire à la réconciliation nationale. C’est la seule clé pour éviter le chaos et sortir de cette crise afin de restaurer les institutions de l’Etat et créer les conditions nécessaires à des élections transparentes.

Sans dialogue, il y aura toujours des rébellions au Tchad jusqu’au changement du régime par la force avec tous les risques d’une guerre civile. Et aucune frappe aérienne ne peut arrêter un peuple qui a décidé de se libérer du joug d’un tyran qui se croit tout permis.

C’est pourquoi, le Conseil National de la Résistance pour la Démocratie réitère son appel pour l’implication et l’appui de la France, des États-Unis, des Nations Unies (ONU), de l’Union Européenne (UE), de l’Union Africaine (UA) et de tous les pays amis du Tchad pour que tous les acteurs tchadiens s’engagent dans un processus de dialogue.

Pour le Bureau Exécutif du CNRD,

Le Secrétaire général

Dr Moussa Pascal Sougui

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